Au bonheur de Yaya : Quand les mots sont émotions…

Zahi featured
07 May

Une des conséquences les plus dramatiques de la guerre du Liban a été cet exil imposé à des centaines de milliers de Libanais qui ont dû transposer leurs émotions et leur nostalgie sous d’autres cieux. Combien sont-ils à avoir vécu ce transfert de manière douloureuse ? Combien sont-ils à avoir fait ce choix tragique pour la sécurité et l’avenir de leurs enfants ? Et combien sont-ils à ne s’être jamais vraiment remis de ce véritable deuil de tout un pan de leur vie ? Au bonheur de Yaya utilise des mots doux, des émotions délicates, des métaphores colorées pour raconter l’exil. Mais aussi pour raconter ce lien inextinguible qui reste malgré tout. Lien avec le pays d’origine, mais aussi avec les habitudes, les traditions, les sensations, les saveurs et les arômes. Au bonheur de Yaya est un livre simple qui parle de la vie telle qu’elle peut se présenter avec ses larmes et ses joies, ses petits bonheurs et ses moments de tristesse. Trois questions à son auteur, Zahi Haddad :

Zahi, pourquoi avoir eu besoin de raconter ?
C’est une histoire qui me tenait à cœur, suite à une boutade lancée, il y a quatorze ans de cela, à une personne exceptionnelle. Les premières lignes sont venues en 2000, mais mon travail dans les relations internationales me passionnait et me prenait tout mon temps. J’écrivais à mes heures perdues, jusqu’à tout arrêter en 2010 pour prendre un congé sabbatique. L’histoire que je voulais raconter était en effet en train de prendre corps en moi et je ressentais le besoin d’une introspection, d’une contemplation. J’avais besoin de liberté par rapport à tout ce qui nous lie et nous oblige. J’avais aussi besoin de partage. De renaissance aussi. Pour tout cela, l’écriture est magique. Elle permet de poser et d’exposer les choses. De les ordonner, de les dire et de les lâcher. Même si, après la dernière page et le point final, tout ne fait que commencer.

Aujourd’hui, comment vivez-vous cette double identité ?
J’ai quitté le Liban très jeune mais, chaque été, j’y passais mes vacances scolaires. À la maison, en Suisse, je mangeais libanais, je parlais à ma famille au téléphone, j’écoutais Fairouz. Mais ce n’était pas totalement connecté à la réalité. En plus, je me suis parfaitement intégré. Personne ne me voyait comme un étranger ; parfois peut-être comme le représentant d’une culture particulièrement appréciée. Il m’a fallu un long séjour aux Etats-Unis pour comprendre, lorsque l’on me demandait d’où je venais, que j’avais deux cultures qui avaient fusionné en moi. En fait, je ne venais pas d’ici ou de là-bas, j’étais deux mondes à la fois, contradictoires et enrichissants. Conciliés. En fait, j’adore cette dualité qui me fait et que je comprends chaque jour un peu mieux. D’ailleurs, aujourd’hui, je continue mes allers-retours de chaque côté de la Méditerranée et développe tout projet, notamment culturel, qui peut les rapprocher.

Pensez-vous que nous devons écrire d’une façon ou d’une autre ces drames que nous avons vécus ?
La façon dont nous exprimons nos ressentis et notre histoire est quelque chose de très personnel. Pour moi, l’écriture était la plus naturelle. Salutaire. Elle me permet de choisir mes mots et de dérouler le fil de pensées qui ne me viendraient peut-être pas aussi spontanément oralement. Une prochaine étape serait d’aller encore plus loin, sans limite. Nos sociétés sont souvent dans le non-dit, la réserve, la peur de déranger, le besoin d’oublier. Les émotions sont ceinturées et seraient un aveu de faiblesse. La communication établie sur les réseaux sociaux ou professionnels, souvent lacunaire et superficielle, complique la donne. Il semble préférable de sortir de tout cela, d’aller plus au fond des choses. C’est un travail de compréhension et de mémoire de ce qui constitue chaque personne, une libération.


Au bonheur de Yaya est disponible en librairie et en format e-book sur Amazon, iBooks, Kobo, et le réseau ePagine.
La signature de cet ouvrage aura lieu le mercredi 7 mai de 17 h à 21 h au Hangout, Gemmayzé.

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