Al Quaraouiyine : la plus vieille bibliothèque encore en activité rouvre ses portes au Maroc

Sabyl Ghoussoub
FEZ
05 Jan

Averroes, Ibn Khaldoun, le géographe Al Idrissi ainsi que Hassan Al Wazzan alias Léon L’Africain dont une célèbre biographie a été écrite par Amin Maalouf sont passés pas les bancs de l’université Al Quaraouiyine, à Fès au Maroc. Fondée en 859 à l’initiative de Fatima al-Fihri, fille d’un riche marchand originaire de Kairouan, la mosquée, madrasa et future université n’accueillait que des hommes jusqu’à la moitié du XXe siècle. D’abord axés sur la religion, les cours se sont diversifiés au fil des ans pour englober d’autres formations comme les sciences naturelles ou la littérature.


Selon l’Unesco, l’université Al Quaraouiyine est réputée pour abriter la plus vieille bibliothèque du monde encore en activité. Avec plus de 24 000 ouvrages, une collection de 3 823 manuscrits anciens dont un exemple du Coran datant de la fin du IIe siècle rédigé à l’encre d’or, sa rénovation a été confiée à une femme, Aziza Chaouni. Architecte et ingénieur, directrice d’Aziza Chaouni Projects et professeur associée en architecture à l’Université de Toronto, elle a d’abord été contactée par le ministère de la Culture pour réaliser un diagnostic. Après avoir constaté l’ampleur des travaux à réaliser du réseau d’assainissement à la réhabilitation des décors en bois jusqu’à la programmation du lieu, elle a été choisie pour mettre en œuvre les changements qu’elle préconisait.

Ce projet lui tenait particulièrement à cœur car Fès est sa ville d’origine et son arrière grand-père avait fait ses études au sein de cette université. Moderniser l’architecture tout en respectant l’esprit des lieux et en y facilitant l’accès aux étudiants et aux visiteurs afin de rendre la médina plus attractive a été son grand combat des années durant. « Je souhaite que Fès, inscrite au patrimoine de l’Unesco depuis 1981, ne se transforme pas en une ville-musée pour touristes mais qu’elle reste une ville vivante. »

« Ouvert au grand public dans le passé, l’accès à la bibliothèque a été réservé aux élèves de l’université après l’indépendance du Maroc pour des raisons de sécurité. Un des premiers changements que je souhaitais effectuer était sa réouverture au grand public. J’ai alors créé une salle d’exposition des manuscrits mais aussi un café afin d’attirer du monde. Il était essentiel pour moi de démocratiser ce lieu et de le rendre accessible à tous, notamment au Maroc où le taux d’alphabétisation est très faible (50 %). Les bibliothèques jouent un rôle important dans l’éducation des Marocains, elles ne devraient pas être élitistes ni inaccessibles. »

Comme une réponse à la barbarie et alors que la bibliothèque de Mossoul a été saccagée et les cités assyriennes de Palmyre et Nimroud détruites, Al Quaraouiyine va rouvrir ses portes en janvier 2017 après quatre années de travaux. Chaque livre brûlé est une infime partie du monde qui s’efface et se perd. Préserver chaque ligne écrite et rendre les livres accessibles à tous sont deux outils indispensables de résistance à l’inévitable disparition des identités et des histoires qui n’en font plus qu’une. Ce sont les détails qui font l’histoire et les livres restent leur plus grand refuge.  

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