Arieh-Leïb Kacew, le vrai père de Romain Gary

Sabyl Ghoussoub
1507-1
15 Feb
« – C’est toi le papier de la chronique là !
– Le quoi papa ?
– La chronique sur le Ta3yahh là…
– Qui ?
– Abdellah Ta3yahh, c’est quoi lui, il vient de Saïda !
– Ah Abdellah Taïa, c’est un écrivain marocain papa mais là je te rappelle plus tard, je suis à la banque. »

Je n’ai pas rappelé mon père et de manière générale, j’essaie d’oublier ses remarques pour continuer à écrire.

De père, Romain Gary s’en est inventé un. Ivan Ilyich Mosjoukine, le comédien le plus célèbre du cinéma russe d’avant la Révolution. Dans Romain Gary, le caméléon, la biographe Myriam Anissimov démystifie la légende. Non, l’auteur de La Promesse de l’aube n’est pas le fils d’un acteur célèbre mais d’un fourreur juif, Arieh-Leïb Kacew, exécuté par les nazis lors de la liquidation du ghetto de Vilnius. Comme son demi-frère et sa demi-sœur. Ce que Gary n’a jamais su.

Après Le Cas Eduard Einstein et Les Derniers Jours de Stefan Zweig, Laurent Seksik poursuit ses enquêtes sur les personnages emblématiques et énigmatiques de notre époque. Pour son huitième roman, il s’est intéressé à Romain Gary. « On associe le génie de Gary à sa mère. L’énigme Gary, c’est son père », affirme l’auteur.

Romain Gary s’en va-t-en guerre retrace vingt-quatre heures de la vie du jeune Roman Kacew (Romain Gary) où bascule son existence, en donnant corps à l’écrivain et ses parents Nina et Arieh en 1925 dans les faubourgs du ghetto de Vilnius, « son pays de malheur ». Pour étoffer ma chronique, j’ai voulu poser des questions à Laurent Seksik. Pourquoi avoir choisi d’écrire sur Romain Gary ? Quelle est la part de fiction et de réel dans votre histoire ? Est-ce voulu que le roman soit très cinématographique ?

Après avoir suivi la démarche habituelle, écrire à l’attaché de presse de l’éditeur pour obtenir l’adresse mail, le numéro de téléphone ou même un rendez-vous avec l’auteur, j’ai reçu une réponse négative.
« Je peux tout à fait vous faire envoyer le livre. En revanche, ce ne sera pas possible pour l’ITW avec Laurent Seksik dont l’agenda est vraiment trop chargé. »

(Silence)

« Je ne suis pas devenu écrivain car je vous ai eus à ton frère et toi », me répète souvent mon père. Avant de lire ce roman, je n’ai jamais su quoi lui répondre. Voilà enfin une première réponse.
« N’était-ce pas le rôle des fils de réaliser les rêves des pères, d’être les héros qu’ils auraient dû devenir si la vie s’était montrée plus juste ? »

Mais si seulement c’était aussi simple. À la page 85, Ariel demande à Roman :
« – Tu veux être fourreur comme ton père ?
– Oui, c’est cela je veux être comme mon père !
– Fourreur n’est pas un métier facile, Roman. C’est autre chose que d’être artiste ou même ministre. On ne court pas après la gloire comme les avocats. On n’obtient pas la reconnaissance comme les médecins.
- Je me moque d’être reconnu par un autre que toi, papa ! »

Au-delà du mystère Gary, Laurent Seksik cherche dans Romain Gary s’en va-t-en guerre à percer un secret bien plus mystérieux, la relation père-fils.

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