« Better together » : un projet pour la jeunesse

Paul Jouanny
feat
27 Apr

Jeudi 14 avril, l’ONG Search For Common Ground présentait au cinéma Metropolis les résultats d’un projet initié deux ans plus tôt grâce à des fonds de l’Union européenne. Au vu du bilan très positif qu’affiche ce projet « Better together », qui réunissait 320 jeunes libanais, syriens et palestiniens autour d’activités artistiques, émotion et bonne humeur étaient au rendez-vous.

« Le choix de cette date, au lendemain de la commémoration de la guerre du Liban, n’est pas anodin : nous voyons là une opportunité de mettre en avant et de défendre le travail que nous menons au Liban avec la nouvelle génération », explique Remie Afar, coordinatrice du projet pour l’association Search For Common Ground (SFCG) Liban. Intitulé « Better together : A youth-led approach to peaceful coexistence », le programme a vu le jour en 2014. L’idée était de rassembler des jeunes, libanais mais également syriens et palestiniens, en leur proposant un moyen d’expression commun. À travers la musique, le théâtre, l’écriture, ou encore le dessin et les arts plastiques, ces jeunes gens, âgés de 15 à 25 ans, s’engageaient ensemble pour une période de deux ans dans un dialogue constructif, à contre-pied de la violence et du repli sur soi. « Les jeunes représentent une forte proportion des personnes qui subissent les effets des conflits armés, y compris comme réfugiés et déplacés. […] Le fait qu’ils soient privés d’accès à l’éducation et de perspectives économiques est fortement préjudiciable à l’instauration durable de la paix et à la réconciliation », poursuit la coordinatrice du SFCG. Une citation qu’elle emprunte à la résolution 2250 des Nations Unies, qui appelait l’an passé à protéger les jeunes mais surtout à les intégrer davantage aux processus de décision afin de les responsabiliser, ainsi qu’à toute autre « stratégie de nature à permettre de faire pièce au discours de l’extrémisme violent ». « En réalité, de nombreux jeunes qui évoluent dans un contexte de guerre ou d’après-guerre n’aspirent qu’à œuvrer pour la paix », affirme-t-elle, avant de mentionner l’exemple de Mahmoud. Émigré au Liban depuis trois ans, ce Palestinien de 17 ans avait été contraint d’arrêter l’école et restait prostré chez lui, nourrissant colère et frustration ; en participant au projet, il a gagné en confiance tout en s’épanouissant dans divers talents artistiques. Et de conclure non sans une pointe de satisfaction que Mahmoud, devenu l’un des ambassadeurs de « Better together » doublé d’un militant pour la communication non violente, est « un exemple parmi beaucoup d’autres que la jeunesse peut décider par elle-même du changement, et jouer un rôle actif et positif dans la société. »

Pour les quelque 320 participants au programme, ce « changement » s’opérait dans un premier temps à la faveur d’un stage intensif au sein de plusieurs camps d’été, dans la Beqaa ou dans le Sud, où ils étaient encadrés par une équipe d’artistes eux-mêmes issus indifféremment du Liban, de Syrie ou de Palestine. Le réalisateur syrien Amr Kokash, le Palestinien Ashraf El-Chouli, virtuose du oud, ou encore Mike Ayvazian, clown, comédien et poète libanais, se sont ainsi efforcés de canaliser l’énergie de leurs jeunes élèves pour qu’elle trouve matière à s’exprimer via l’une ou l’autre de ces expressions artistiques. Hussein Yazbek, qui coordonnait le projet pour le compte de l’association locale LOST (Organisation libanaise des études et des formations), a quant à lui dirigé des ateliers civiques sur des thèmes tels que la résolution des conflits, la citoyenneté, le leadership ou encore le développement local. Elissa Shamma, enfin, complétait cet organigramme original en tant que chef du projet pour le DPNA (Association de développement pour les hommes et la nature), également partenaire de « Better together ». Une aventure « pleine de défis », mais avant tout humaine et d’une richesse incroyable, précise Remie Afar, qui était elle-même de la partie. Visionné ce soir-là au Metropolis, le documentaire tourné par une équipe en immersion dans ces campements témoigne de l’ambiance extrêmement sympathique, presque familiale, qui y régnait, en même temps qu’une saine émulation. Plusieurs des pensionnaires ont d’ailleurs fait le déplacement ce soir, et font écho à cette bonne humeur décidément contagieuse.

Après les camps d’été, les jeunes participants s’étaient retrouvés régulièrement à l’occasion d’ateliers de formation visant à leur enseigner, toujours au moyen de l’art, comment exprimer leurs sentiments, poser des questions sensibles à contre-pied des idées reçues ou encore développer leur imagination, tout en alimentant les amitiés nouées au cours de la première étape. Une fois le film visionné, on retrouve quelques-uns des encadrants autour d’une table ronde pour discuter du bilan mais aussi des prochaines étapes à mettre en place, notamment en termes d’engagement des jeunes au Liban. Un journaliste soulève alors l’épineuse et récurrente question de la dépendance aux financements internationaux : « Comment faire en sorte que le projet, financé par des fonds européens, devienne une action locale pérenne et durable ? » Nonobstant la cinglante réponse d’une représentante de l’UE, agacée d’être systématiquement réduite au rang d’acteur du capitalisme colonial, la question reste en suspens. Le mieux serait bien sûr que le projet soit transféré à l’État, se risque l’un des panélistes, afin de l’élargir « aux centaines de milliers de jeunes qui en ont besoin, et non à quelques centaines… » Coupant court à ce débat stérile, son voisin aura, presque à regret, le mot de la fin : « Le projet est terminé maintenant, la balle est dans votre camp ! »

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