Beyrouth à l’honneur !

Paul Jouanny
feat
15 Feb

Début d’année prometteur pour la métropole libanaise : héroïne incontournable du documentaire Bonjour Beyrouth actuellement à l’affiche au cinéma Metropolis, elle fait également l’objet d’un web documentaire mis en ligne par le quotidien français Le Monde, et se hisse au onzième rang du CNTraveler Readers’ Choice Awards 2015 des plus belles villes au monde !

« Même confrontée à la terreur et à la destruction, Beyrouth est belle, séduisante et forte. » C’est par ces mots que le guide de voyage en ligne Condé Nast Traveler commente le classement établi par ses lecteurs, dans lequel la capitale libanaise s’invite à une place de choix. « En fait, elle est pour nous une des meilleures villes au monde », conclut le site du groupe de presse américain, qui lui confère la onzième place devant Barcelone, Sidney ou encore Rio de Janeiro. Au lendemain du grand festival Photomed, dont les workshops encourageaient à voir en Beyrouth le paradis des amateurs de photographie, la fantasque métropole semble avoir le vent en poupe. Intitulé Beyrouth, capitale en ébullition, le visuel interactif mis en ligne le week-end dernier par le quotidien français Le Monde et son magazine culturel M propose deux axes pour se lancer à la découverte de la capitale libanaise. On peut ainsi choisir entre la dimension artistique (intitulée : « Les arts à l’honneur ») et une approche plus épicurienne (« Les papilles à la fête »). Se dévoile alors un panel des adresses les plus en vogue de Beyrouth qui, sans se prétendre exhaustif, met l’accent sur le dynamisme de la capitale libanaise à travers des domaines aussi variés que la mode, l’architecture (avec notamment le « toit rétractable » de la discothèque B018), le design, les expositions graphiques (en l’occurrence celle sur l’évolution de la ville, déjà, qu’accueillait jusqu’à récemment le musée Sursock)… Et bien sûr l’incontournable savoir-faire culinaire, via des adresses originales – souk El Tayeb, le snack Le Professeur, le restaurant traditionnel Em Sherif ou encore la Villa Clara et sa cuisine française un brin revisitée – que la journaliste Vicky Chahine nous propose de découvrir, bien épaulée en cela par les photographies de sa collègue Dalia Khamissy.

Le festival du film européen fermait à peine ses portes que déjà le cinéma Metropolis enchaînait quant à lui avec la diffusion quotidienne (jusqu’au 17 février) de Bonjour Beyrouth. Réalisé par Georges Salibi, ce documentaire constitue un véritable recueil de témoignages à charge contre les politiques gouvernementales de ces dernières décennies. Le constat est sans appel : Beyrouth, ya Beyrouth, tu t’es enlaidi. Plus encore que la guerre, la reconstruction tous azimuts a transformé ce joyau du Proche-Orient en une ville sans âme, désordonnée et amnésique. Entre autres personnalités libanaises, une ribambelle d’anciens ministres de la Culture se succèdent à la barre. Chacun y va de sa justification, s’efforce de mettre en avant ses propres efforts, sa part de culpabilité parfois mais surtout les difficultés insoupçonnées auxquelles il s’est trouvé confronté. Comme souvent, il est question non pas de la loi mais bien de son absence, qui a laissé le champ libre à tous les abus, livrant Beyrouth en pâture à l’insatiable appétit des promoteurs immobiliers. Curieusement articulé, le film laisse libre cours à la répétition de ce fatalisme unanime, entrecoupée de visites dans quelques-unes des grandes demeures qui survivent magistralement à ce désastre urbain. L’héritière de la famille Sursock nous accueille ainsi dans le manoir que même au plus fort de la guerre elle n’a jamais quitté. On nous raconte l’histoire surprenante du Palais Heinéné, inscrit cette année sur la liste du World Monuments Fund, ou encore de Beyt Beyrouth, la « maison jaune » de Sodeco, qui doit principalement sa survie à la passion de l’architecte Mona El-Hallak. Madame Boustros – une femme tiens, encore – la maîtresse d’un autre de ces châteaux urbains impeccablement entretenus, aura finalement le dernier mot, que l’on ressasse avec gratitude une fois le visionnage terminé : « Beyrouth est ce qu’il est ». Rien ne sert de se morfondre d’un passé révolu qui pour la plupart des gens sera toujours meilleur, quelque soit la société où l’on se trouve. Beyrouth a été, il est et il sera ; à nous de voir ce vers quoi l’on veut qu’il tende à l’avenir.

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