De Beyrouth au reste du monde – De l’amour

Tania Hadjithomas Mehanna
feat
13 Feb
Au Liban il n’y a pas d’entre-deux. On s’aime ou on se déteste. On s’entraide ou on se détruit. On s’allie ou on se combat. On se congratule ou on se critique. Il n’y a pas d’entre deux. L’indifférence est un concept inconnu, lointain, inexplicable, « occidental ». Au Liban on ne peut pas vivre caché. On ne peut pas non plus vivre seul. Nous ne sommes pas assez nombreux pour être anonymes. Nous ne sommes pas assez forts pour être uniques. Alors on s’embrasse, trois fois, on se tape dans le dos, on se lance des fleurs, on montre nos nouvelles coiffures sur les réseaux sociaux. On reçoit beaucoup de compliments. Aucun prénom ne résiste à l’affection nationale. Naddouche, zouzou, momo, tony, nana. Et les habibi et hayété sont inépuisables. Chez l’épicier, à la station d’essence ou dans le taxi, nous devenons des yeux, des cœurs, des vies. Ya albé, ya ayné. L’amour circule mieux que les voitures au Liban. Et lorsqu’on va au cinéma, faire les courses, au restaurant ou sur la corniche, on dit bonjour souvent, on demande de la famille et on oublie le temps et l’urgence du moment dans une longue conversation aussi curieuse qu’attentive. L’amour est plus poli que nos politiciens au Liban. On se doit d’aller embrasser la veuve et l’orphelin. Proches ou lointains, nos morts ne partent pas sans un déplacement massif de la population. L’amour est plus fort que les lois au Liban. On s’embrasse beaucoup. Dans les cours d’immeubles. Dans les parkings. Au détour d’une rue. On s’embrasse entre amis, entre hommes et femmes, entre hommes et hommes, entre femmes et femmes. L’amour est plus têtu que le destin au Liban. On continue à l’aimer ce petit bout de terre. Même si on s’en défend. On y revient sans cesse. Avec nos corps et nos cœurs. Nos pensées et nos gènes. Et l’amour est plus puissant que la mort au Liban. La lumière est notre alliée. Elle transperce les enveloppes, les apparences et les barricades. Elle se joue des menaces, des perspectives et des guerres. Elle nous vient d’en haut et nous oblige à sourire. Souvent.

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