De Beyrouth au reste du monde : Lettre à Alain Souchon

© Mazen Jannoun © Mazen Jannoun
02 Mar

« On avance, on avance, on avance. C’est une évidence, on n’a pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens. Alors on avance. »



Cher Alain Souchon, quand vous avez écrit en 1983, les paroles de cette chanson, vous étiez bien sûr loin de vous douter que quelque 35 ans plus tard, on allait carburer à des tonnes de bêtise pour faire la route dans l’autre sens. Non seulement on n’avance plus mais on recule à une vitesse supersonique qui donne le vertige. Les droits durement acquis, les libertés chèrement imposées, les dogmes passionnément établis, tout cela balayé, enterré et retourné. On pensait que certaines batailles avaient été définitivement gagnées. On pensait qu’on aurait peut-être enfin du temps pour éradiquer ensemble les maladies, la faim et les guerres. Et bien non, cher Alain Souchon, on était probablement un peu trop romantiques. Là on roule à tombeau ouvert en sens inverse et, devinez quoi ?, y a des gens qui trouvent cela bien. Trop de réfugiés dans le monde ? On bâtit des murs. Trop de changements climatiques ? On génère encore plus de pollution. Trop d’enfants qui meurent dans les conflits ? On produit encore plus d’armes. Trop de cancers et de maladies ? On modifie encore plus les molécules de ce qu’on mange. Les femmes sont devenues majoritaires ? On les ampute de leurs droits fondamentaux. Quelqu’un se lève pour dénoncer l’absurdité ambiante ? On le raille et on le détruit. Triste époque où les dictateurs sont encensés, les alliances diaboliques, les institutions inutiles et les mots détournés systématiquement de leur sens. Cher Alain Souchon, les décideurs sont bien décidés à faire la route dans l’autre sens et malheureusement on est tous embarqués dans ce vaisseau spatial qui va à contresens et qui va finir comme l’arche de Noé. Échoué et pathétique. Allô Maman Bobo.

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