I AM IAM

Sabyl Ghoussoub
IAM
17 Mar

« Après tout ce temps ils pensent toujours ça de nous
Rien que de vulgaires misogynes et voyous. »
IAM

Lorsqu’on prononce le mot « rap » dans le milieu littéraire ou intellectuel, il est souvent suivi par « C’est de la merde », « Ce n’est pas de la musique » ou mieux encore « Les paroles sont débiles ». Parfois, oui, elles sont débiles. Comme certains documentaires, au hasard, ceux de Bernard-Henri Lévy, mais est-ce une raison suffisante pour les considérer tous stupides ? J’esquisse un doute.

À la question « Quels auteurs vous ont donné l’envie d’écrire ? », souvent les écrivains répondent Voltaire, Rousseau et Zweig. Pour ma part, c’étaient plutôt IAM, Doc Gynéco et Mc Solaar, des rappeurs, les premiers à avoir mis des mots sur mes peurs, frustrations et amours. Leurs textes m’ont et me font toujours rire, pleurer ou m’enjailler. Alors quand l’un d’eux sort un nouvel album, je m’empresse de l’acheter.

Rêvolution, huitième album du groupe marseillais IAM. Rêvolution comme le rêve d’une révolution construite, réfléchie et non violente. Dix-neuf titres pour lutter contre le repli identitaire, le cynisme, la violence, la prolifération des armes dans les quartiers, l’échec de l’école mais aussi raconter leurs états d’âme.

« Ne les laissez pas dire que j’étais grand, beau et fort
Comme tous j’ai eu mes raisons, comme tous j’ai eu mes torts
Moi je ne suis qu’un homme, et c’est dans ma nature
Je commets des erreurs, ouais je fais plein de ratures
J’ai ordonné au miroir de flatter mon ego
J’ai amassé un tas de trucs, bien plus qu’il n’en faut
Croyant qu’une fois au bout, je pourrais partir avec.
Et qu’arrivé là-haut je pourrais rembourser toutes mes dettes. »

Vingt ans après la chanson iconique « Petit frère » qui n’a toujours pas pris une ride, IAM dresse un bilan de ces années passées. Rien n’a changé :

« Dans tout le pays on voit que ça fait 20 ans
Que les choses n’ont pas bougé d’un cran », mais pas de nostalgie dans leurs textes,

« Ce n’était pas mieux avant, c’était bien plus violent
(…)
Beaucoup oublient le temps des missiles et des diamants
Ça trafiquait autant mais on était pas au courant
Y avait pas d’anges, alors et nos dirigeants
Cassaient déjà le décor tout comme dans le présent », plutôt un constat amer,

« Je sais c’que tu penses, des imbéciles
On nous file une planète, on en fait un asile
Enfants pourris gâtés, regarde-nous faire des caprices
Pire, sous tes ailes, combien reposent de sacrifices », même si avec les années passées, le regard des rappeurs s’est adouci.

« Je veux ouvrir les yeux, sentir l’air m’animer
Et faire mes premiers pas dans le calme et la paix
Je veux courir et grandir, apprendre, évoluer
Sourire et croire que le monde c’est Disney

Je veux croiser l’amour sans même savoir ce que c’est
Dans les couloirs du lycée, rater le premier essai
Je veux chérir qui je veux, pas qu’on me dise qui je suis
Je veux voir de mes yeux au lieu de croire tout ce qu’on me dit »

Je ne sais pas si Tania me publiera cette chronique. Elle me paie pour écrire sur des livres, je lui envoie un papier sur un album de rap. Mais depuis l’école, j’ai pris la fâcheuse habitude de faire des hors-sujets même si je suis toujours aussi certain d’être en plein dedans. « Nos textes sont des toiles que dévoilent nos mal-être », a rappé Kery James dans sa chanson « À l’ombre du Show business », et qu’est-ce que l’écriture sauf l’expression de son mal-être ? Pas grand-chose.

« Y a toujours cette même envie
Envie de dire amour des mots
Envie de sentir les frissons effleurer ma peau
Expulser les phrases de mon torse comme un dragon de feu
Et transformer le laid en beau tout comme le font les fées. »

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Disponible depuis le 3 mars

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