Les femmes ne comptent pas pour des prunes | Wafa’a Céline Halawi

Maylis Konnecke
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02 Oct

C’est sur les planches du Théâtre Monot que Wafa’a Céline Halawi se produisait il y a quelques mois, pour la très attendue Znoud el Sitt, pièce qu’elle a co-écrit avec Marwa Khalil. Mais c’est à un tout autre pan de son oeuvre que Tamyras s’intéresse, un genre méconnu du grand public : le film de danse. Wafa’a présentait cette année le court-métrage Can You and I Really Dance Together ? au Lebanese Film Festival. Retour sur la genèse de cet élan créatif qui allie les deux passions de l’artiste.

Cinéma ou danse, pourquoi choisir ?

Longtemps, Wafa’a Halawi passait tour à tour du monde du cinéma à celui de la danse sans que ses deux passions ne puissent réellement s’entremêler, se confondre, se répondre. De retour au Liban, après des années passées à Londres, elle apprend que le bar Bobo organise des projections de films de danse, issus de la sélection officielle du festival Cinedans qui se tient chaque année à Amsterdam.

Le festival en question est à l’avant-garde d’un genre pourtant déjà novateur. Wafa’a se retrouve donc, par un heureux hasard, à animer une discussion entre cinéastes et danseurs. L’impression d’un « pont cassé entre eux » lui revient en mémoire lors de notre entrevue. Tandis que les cinéastes s’interrogent sur la captation du mouvement par la caméra, les danseurs sont troublés par une représentation qui s’éloigne de la linéarité de la narration dont ils sont coutumiers. Cette discussion l’amène elle-même à s’interroger mais surtout à travailler avec Anne Gough, chorégraphe et danseuse, et Nabil Assaf, chef-opérateur. Ce dernier lance l’idée d’une approche en stop-motion du mouvement à laquelle adhère les deux autres. Naîtra de cette collaboration un film, We Might As Well, de danse contemporaine en stop-motion. Comme le souligne Wafa’a, si la réalisation de l’œuvre n’est pas une mince affaire, répondre aux questions qu’elle suscite s’avére tout aussi complexe. La jeune femme rêvait bien évidemment d’emmener ce film jusqu’au festival Cinedans. Cela a été le cas, grâce à sa rencontre fortuite à Beyrouth – aux toilettes des dames – avec la directrice artistique du festival. Cette participation a non seulement donné une impulsion à l’équipe mais également la confirmation qu‘il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Plusieurs films suivent, dont le tout dernier, Can You and I Really Dance Together , qui a été présenté au Lebanese Film Festival 2014.


Duo imaginaire

Deux danseuses, Caroline Hatem et Kazumi Fuchigami, dansent en duo, mais un duo fictif, qui ne prend forme qu’au travers de la caméra puisque les danseuses ne se sont jamais rencontrées. Une partie du film a donc été tournée à Paris et une autre à Beyrouth puis reconstruit ensuite afin de donner l’illusion que les danseuses se répondent par le biais du mouvement, s’effleurent presque. Intriguée par l’espace, le temps, Wafa’a Halawi en joue à travers le toucher, la sensation du mouvement qui est rendue. Ce duo, Wafa’a le perçoit également comme le reflet subjectif de sa propre dualité – interprète et réalisatrice. Les variations de supports, le parquet d’une salle de danse parisienne aux sols d’une usine abandonnée à Beyrouth, et la poussière qui se soulève au grès des mouvements permettent de capter la pression dans le sol, qui est propre à la danse contemporaine.

Le tournage débute à Paris. La réalisatrice demande à Kazumi d’imaginer, de projeter l’autre danseuse au sein même d’un espace nu, sans objet, sans corps. Au Liban, Wafa’a visionne la danse de Kazumi, influençant ainsi la direction de Caroline Hatem. La réalisatrice souligne à quel point la danseuse voulait tenter d’imaginer et donc de capturer le caractère éphémère et fictif de ce duo. Et pourtant, Wafa’a admet ne jamais anticiper le résultat, s’inscrivant ainsi pleinement dans le genre expérimental, s’affranchissant de toutes règles. Espérons qu’elle n’y dérogera pas.

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