Photomed : Plus qu’un Festival photo, un véritable label de partage

Tania Hadjithomas Mehanna
© Nino Migliori (1951) - © Photomed © Nino Migliori (1951) - © Photomed
15 Jan

Quand la Méditerranée rassemble, c’est généreux, foisonnant et bouillonnant. En ce début d’année, Beyrouth panse ses blessures, fait le dos rond et retient son souffle. Mais Beyrouth est Beyrouth et un évènement hors pair s’est invité dans nos murs. Photomed c’est un Festival de la photo méditerranéenne, c’est aussi une histoire de partage, d’amitié et surtout de talents. Un Festival incontournable qui met le Liban à l’honneur. À ne pas rater donc cette semaine. Rencontre avec les deux principaux protagonistes de Photomed au Liban : Philippe Heullant, fondateur et directeur de Photomed et Serge Akl, directeur de l’Office du Tourisme libanais à Paris.

Philippe Heullant, comment est né Photomed ?

L’idée de Photomed a germé après plusieurs constats. D’abord, mon activité d’éditeur de magazines photo m’a toujours amené à fréquenter de nombreux festivals de la photo. J’y ai souvent rencontré des photographes méditerranéens qui peinaient à trouver leur place dans ces festivals souvent thématiques. Il fallait donc trouver un moyen de donner la parole à ces talents. Ensuite, Nicolas Sarkozy a créé l’Union pour la Méditerranée, un concept qui n’a jamais réussi à exister en tant que tel peut-être par manque de volonté politique. Mais cette Union a tout de même fonctionné au niveau culturel et cette envie d’adhérer à cette notion de Méditerranée nous a interpellés. Et enfin, je trouve qu’il y a un épuisement des concepts des festivals actuels. Il fallait trouver une nouvelle idée. Mettre en avant les photographes méditerranéens nous a donc paru séduisant surtout que le vivier est riche et étendu.

Quel est donc le concept de Photomed ?

Nous avons créé le premier Festival il y a trois ans. Il s’agit de regrouper soit des photographes issus des pays méditerranéens soit des photographes dont le travail a porté sur la Mare Nostrum et de les exposer à Sanary en mai. Le Festival comprend une vingtaine d’expositions avec un invité prestigieux et un pays invité d’honneur et s’étend sur un mois avec des expositions, des ateliers de travail, des présentations de portfolios, des projections de vidéos et un vrai partage avec le public, les médias. La première année le pays invité était la Turquie, ensuite le Maroc et cette année le Liban. Il y a dans ce pays une vraie pépinière de photographes et de grands talents. Nous avons rencontré Serge Akl qui a fait preuve d’un grand enthousiasme et qui possède une vraie culture de la photographie et Tony Hage qui est le directeur artistique pour la partie libanaise.

Mais comment Photomed est arrivé à Beyrouth ?

L’engouement du public et des médias en mai pour cette édition Liban a été telle que nous avons décidé d’exporter l’ensemble des expositions du Festival à Beyrouth. C’est une grande première pour Photomed. Dès lors la collaboration avec Serge s’est accentuée et l’accueil des différents partenaires a été déterminant. Byblos Bank a mis à notre disposition un espace dans ses quartiers généraux, Solidère nous a fourni des endroits stratégiques et l’Institut Français nous a aussi offert ses locaux. L’esprit du Festival c’est diverses expositions dans divers lieux de la ville. L’idée c’est aussi que chaque année, Photomed s’exporte à Beyrouth. Donc ce Festival est amené à devenir un vrai rendez-vous annuel au Liban.

Serge Akl, racontez-nous la genèse de Photomed Liban.

Quand Philippe Heullant qui avait déjà contacté Tony Hage est arrivé dans mon bureau, j’ai tout de suite été conquis par le projet et réalisé immédiatement l’importance de l’évènement. J’ai toujours relevé les défis surtout quand il s’agit de donner une image positive de ce que le Liban peut proposer au monde dans le domaine culturel et artistique. Ce projet est constructif. Alors Tony et moi nous nous sommes mis au travail. Et le projet s’est monté. À Sanary, nous avons bien senti l’enthousiasme du public et des médias pour les photographes libanais et aussi combien ces photographes ont quelque chose à partager. Une véritable plateforme d’échanges s’est mise en place et Photomed est également devenu une histoire d’amitié. Philippe nous a parlé de son désir profond de faire voyager ce Festival et plus précisément à Beyrouth.

C’était quand même un grand défi…

Les défis je connais. Mon objectif a toujours été de créer des ponts entre le Liban et la France et dans les deux sens. C’est un travail de symbiose et de vases communicants. Ramener Photomed au Liban était coûteux et difficile. Mais nous avons eu de belles surprises notamment avec nos partenaires qui ont été plus que réceptifs. La Banque Byblos, Solidère, l’Institut Français, l’hôtel Le Gray, Canon, Lollipopart, Wild Discovery, l’ambassade d’Italie, l’ambassade de Grèce et bien d’autres ont tout de suite adhéré au concept. On travaille tous main dans la main pour ce bel évènement. Et l’idée de faire voyager Photomed, qui est déjà un label, va cristalliser l’idée de l’Union pour la Méditerranée. La culture c’est aussi de la politique et c’est la plus belle des politiques parce que c’est du partage et de l’échange.

Photomed et le Liban, une relation particulière ?

Philippe : J’aime le Liban. Je suis tombé amoureux de ce pays qui a une énergie incroyable malgré ce qu’il subit. Malgré les tensions, nous n’avons jamais reculé. Les Libanais sont mes frères, je me sens très bien ici. Je sens une vraie proximité intellectuelle et morale.

Serge : Ce qui me fait vibrer c’est que nous avons réussi à créer un évènement qui se passe en France et au Liban, que dans chaque édition il y aura un photographe libanais et que le Festival va voyager chaque année au Liban. Les choses se sont imbriquées et sont devenues pérennes. Pour moi c’est un rêve qui se réalise, un formidable message de paix et d’union.

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a propos de l’auteur


Tania Hadjithomas Mehanna

Tania Hadjithomas Mehanna est actuellement la directrice de Tamyras qu’elle a co-fondée en 2003. Journaliste et auteur avant d’être éditeur, elle a publié 7 livres à ce jour, trois livres bilingues pour enfants : Un phare sur la Méditerranée, Vert Méditerranée et Tous les enfants ont des droits ainsi que de trois beaux- livres : Beyrouth by day, Lebanon & on et Le Phoenicia, un hôtel dans l’histoire. Sans oublier un petit livre sur les objets du musée national et leurs relations avec les villes, Invitation au voyage.