Tamyras aime : Un autre regard sur le monde arabe

Paul Jouanny
Participants à la discussion organisée à l'Institut Français, avec au centre Hajar Chokairi, Oumayma Ajarrai et Mehdi Drissi 
© Mehdi Drissi / Onorientour Participants à la discussion organisée à l'Institut Français, avec au centre Hajar Chokairi, Oumayma Ajarrai et Mehdi Drissi © Mehdi Drissi / Onorientour
15 Jan

« 4 Explorateurs, 7 Pays, 1 Mission = Immersion au cœur des scènes culturelles du Maghreb et du Moyen-Orient ». Ainsi Ghita, Hajar, Oumayma et Mehdi résument-ils le Onorientour. Tous les quatre sont citoyens du Maghreb, unis par ce même amour pour leurs pays respectifs – elles le Maroc, lui l’Algérie. Tous les quatre sont installés en France où ils mènent de brillantes études, tout en se désolant de l’image que l’on y véhicule de ce monde arabe auquel ils sont fiers d’appartenir. D’où cette idée d’une « rihla » moderne, voyage existentiel à la découverte d’une arabité bien différente de ce à quoi on voudrait la résumer là- bas, de l’autre côté de la Méditerranée.

Une première étape avait déjà vu le jour en 2013 : www.onorient.com, web-magazine alternatif offrant une tribune aux jeunes artistes et intellectuels du Maghreb et du Moyen-Orient. A la rentrée 2015, l’aventure Onorient prend une tournure plus concrète : voilà nos jeunes « explorateurs » en route pour un périple de cinq mois outre-Méditerranée. Ne voulant pas « être spectateurs de la constante (r)évolution de cette région, mais acteurs et promoteurs de cette mutation », ils se lancent ainsi à la rencontre de ce monde arabe en mutation à travers celle des artistes qui l’incarnent. Interviews, workshops, participation à des événements culturels et bien sûr couverture médiatique via un photo-reportage et la rédaction d’un « carnet de voyage alternatif » : autant de moyens d’« orienter les projecteurs sur les forces vives qui construisent le renouveau culturel du Maghreb et du Moyen-Orient. »

Après avoir séjourné successivement dans les trois capitales du Maghreb puis plus longuement au Caire, l’Onorientour était de passage au Liban la première quinzaine de décembre, pour y rencontrer là encore de nombreux artistes et acteurs culturels mais également animer une discussion sur le thème de l’arabité. Ils ne sont en vérité que trois à avoir fait le voyage, Ghita Chilla assurant pour sa part la coordination depuis Paris. Malgré leurs mines quelque peu fatiguées, Hajar Chokairi, Oumayma Ajarrai et Mehdi Drissi nous accueillent chaleureusement, en petit comité, dans les locaux de l’Institut français de Beyrouth. Subventionné via un site de financement participatif, l’Onorientour se veut un projet coopératif aussi ce sont les lecteurs qui ont choisi le thème : « l’arabité, notion à géométrie variable ? » Une problématique qui tient lieu de constante autour de laquelle s’articule la réflexion collective à chaque étape, de Rabat à Amman. Pour autant qu’on puisse parler de constance, dans ce monde arabe tour à tour qualifié par les participants d’« insaisissable », de « multiple », de « complexe » ou même de « bordélique » ! Mais un « bordel organisé », s’empresse de préciser Inès, étudiante en urbanisme qui comme l’exigeait la consigne s’était efforcée de ne retenir qu’un seul mot pour définir cet espace extrêmement riche, aux apparences trompeuses et qui semble animé par sa propre logique. On s’attarde un long moment sur la question de la langue, tenue pour principal vecteur de l’arabité à défaut de vraiment s’accorder sur d’autres. Bien qu’on déplore un panel guère représentatif du pays hôte – en tout et pour tout une Libanaise présente sur les huit participants – son éclectisme rend l’échange particulièrement enrichissant et interactif. Décontractée, la discussion se poursuivra d’ailleurs autour d’un dîner dans un restaurant de Mar Mikhaël. Sans trop s’attarder cependant : les trois voyageurs s’envolent dès le lendemain pour Amman, qui, suite à des problèmes d’obtention de visas pour les Émirats, sera finalement l’ultime étape de leur périple. D’un point de vue géographique, du moins. Le projet, lui, n’aspire qu’à survivre sous d’autres formes : en tant que relais notamment, via un réseau fortifié au gré de ces nombreuses rencontres – bien aidé en cela par son aîné le web-magazine Onorient – mais également dans la dimension littéraire qu’implique le concept de « rihla », immortalisé par l’illustre voyageur-écrivain du XIVème siècle Ibn Battuta, lui aussi Marocain.

Né d’un contexte particulièrement marqué par le repli sur soi, l’Onorientour se veut également une réponse à la guerre déclarée par Daech à la culture avec la destruction du musée de Mossoul ou de l’antique Palmyre, précise Oumayma. A ces actes de barbarie, nos quatre jeunes pleins d’avenir répondent en promouvant les initiatives artistiques et culturelles issues de ce même monde arabe, définitivement multiple et complexe. Une sorte de « Positive Orient », en somme ! Tamyras leur souhaite bonne route, et bons vents.

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