Un livre, un coup de cœur, un coup de poing

Tania Hadjithomas Mehanna
630x427
06 Feb

Petit Pays de Gaël Faye. Cela fait quelques mois que ce livre est posé là sur ma table de chevet. Cela fait plusieurs mois que je retarde ce moment précis où tu plonges dans les émotions d’un autre.

Comme une intuition d’un voyage un peu au fond de soi aussi. Et je ne m’étais pas trompée. Burundi, Rwanda, un autre monde. Mais pas si loin. Pas si loin. Tout proche en fait de nos angoisses, de nos douleurs, de nos larmes. « Depuis vingt ans je reviens ; la nuit en rêve, le jour en songe ; dans mon quartier, dans cette impasse où je vivais heureux avec ma famille et mes amis. L’enfance m’a laissé des marques dont je ne sais que faire. Dans les bons jours, je me dis que c’est là que je puise ma force et ma sensibilité. Quand je suis au fond de ma bouteille vide, j’y vois la cause de mon inadaptation au monde. » Quand la guerre et la haine détruisent les paysages, on n’a d’autre choix que de se raccrocher à un hier heureux.
Gabriel, le petit garçon désemparé de ce Petit pays, nous rappelle d’autres enfants blessés par un destin rouleau compresseur qui ne fait aucun cas de tes rêves et ton innocence. D’autres enfants blessés et aussi nous. Tout petits dans notre petit pays à nous que le malheur avait absorbé. Rien ne ressemble plus à une guerre qu’une autre guerre. Les douleurs de l’injustice, de l’incompréhension, de l’absence et de l’exil nous sont tellement familières que ce livre résonne longtemps en nous. Comme un écho infini de nos douleurs infinies. Comme une blessure béante que le temps n’a jamais pu cicatriser. À travers les mots de Gaël Faye, laissons nos larmes couler, elles arrêteront peut-être de nous étouffer.

Abonnez-vous à notre rubrique 'Nos Émotions'