Le Tiers Mythe ou le mythe d’un Orient libéré

IMG_9901
05 Apr

Derrière la librairie Le Tiers Mythe située dans le Ve arrondissement de Paris, se cache Ahmad Salamatian, un ancien secrétaire d’État aux Affaires étrangères en Iran.

Député de la première assemblée après la révolution de 1979, il s’est exilé à Paris lorsque Khomeini a destitué le gouvernement de Bani Sadr. Il possède depuis 1980 Le Tiers Mythe.

Pour m’accueillir, Masoud. Masoud Noormohammadi. Né à Mashhad, deuxième plus grande ville d’Iran, il a entamé des études de lettres à Téhéran et les poursuit aujourd’hui à Paris. À la question « Es-tu un exilé politique ? » Il me répond « Étudiant ». Soit. Il est étudiant et libraire. Ahmad étant à la retraite, c’est Masoud qui gère maintenant la librairie, fondée en 1974.

« 60 000 titres, je dis bien titres et non livres car des livres, nous en avons plus. Parfois, justement, plusieurs exemplaires du même titre. Des ouvrages sur la politique, l’histoire, beaucoup sur l’Iran, le conflit israélo-arabe, l’Algérie, l’Islam, le monde arabe mais aussi sur la France, la colonisation, l’Europe, l’économie, la sociologie, la psychologie et la philosophie. 90 % de nos livres sont en français mais on peut trouver aussi des livres en persan et en arabe. »

Drinnnnnnng.

Pour pénétrer dans la librairie, il faut sonner et attendre que le libraire ouvre la porte. Une jeune femme au pas certain entre et parle directement en persan à Masoud. Elle cherche des livres de poésie. Je comprends ce qu’ils se disent mais un barbu libanais qui a des notions de persan, c’est toujours suspect pour des Iraniens. Donc, je la boucle, m’installe sur un tabouret et les écoute parler en me retenant de sourire.

Je me crois à Téhéran, dans une de ces librairies cachées. Je regarde la jeune fille, son manteau vert, son jeans retroussé, ses boots noirs et ses longs doigts fins avec l’espoir de caresser son visage et l’embrasser. Elle a les cheveux lisses. Cela accentue son nez et ça a le don de me rendre fou. J’hésite à lui parler mais j’ai une petite amie en ce moment. Alors, je me retiens et continue à rêvasser. Je m’imagine avec elle, marcher main dans la main dans les hauteurs de Téhéran, prendre un verre de vin ou deux et partager une nuit d’amour où l’on finirait par fumer une Bahman au lit.

Elle trouve son bonheur. Hafez et Khayyam. Pour un cadeau. Aujourd’hui, c’est Norouz, le nouvel an iranien et elle veut les offrir à ses parents. Elle paye. Je me retourne pour ne pas lui sourire et j’entends la porte claquer.

« − Excusez-moi, nous en étions où ?
− Euh oui… Vous me parliez des livres, enfin, des titres que vous possédiez.
− Oui, nous avons des titres que l’on ne retrouve même pas sur Amazon, des inédits. Nous avons aussi mis en place un site, www.solifa.com, où pour le moment nous avons déjà référencé plus de 10 000 titres. Par exemple, pour le Liban, nous en avons 154 et évidemment encore plus ici, dans la librairie.
− Et qui est votre clientèle ?
− Principalement des gens​ qui cherchent des livres​ ​sur le ​Maghreb​, le​ Moyen-Orient​ et l’Afrique et surtout des livres rares et épuisés. Parfois des étudiants viennent aussi trouver des livres précis pour un mémoire ou une thèse. »

Masoud se lève et me fait signe de le suivre. Il me montre des introuvables comme certains numéros de la Revue Africaine, du trimestriel Monde Arabe, Maghreb-Machrek ou même La Symphonie arabe de Nonce Casanova. Je continue de me balader et tombe sur la section Liban. Kamal Joumblatt, Sélim Nassib, Dominique Baudis, Fadia Kiwan, tout le monde est là, Richard Haddad, Louis Périllier, Leila Barakat et « MON PÈRE !!!!!!!! »

À mon cri, Masoud sursaute.

« Les cinq piliers de l’Islam, collection dirigée par Kaïssar Ghoussoub. »

Mon père, cet athée convaincu, avait dirigé une collection de livres sur l’Islam en 1987. Je ne le savais pas. Il ne me raconte jamais rien. Si, parfois, que je suis un idiot ou un hmar.

Masoud prend le livre en main et me sourit.

« − C’est bien, grâce à votre père, je vais pouvoir découvrir des choses sur ma religion.
− Et moi, grâce à vous, sur ma famille. »
On le feuillette ensemble. C’est un dialogue entre un père et un fils qui débute par « Mon fils! Tu commences à avoir l’âge de raison et je pense qu’il est temps que je t’enseigne les cinq piliers de l’Islam. Ainsi, tu seras un bon musulman ! »

Nous nous regardons et rions.

P.S. : En rentrant chez moi, j’ai glissé dans la boîte aux lettres de mon père son bouquin et laissé un mot à l’intérieur.

« Mon père ! Tu commences à avoir l’âge de retraite et je pense qu’il est temps que tu me racontes cinq choses sur ta vie. Ainsi, tu seras un bon père ! »

Le Tiers Mythe
Ouvert du lundi au vendredi de 10 h à 18 h 30 et le samedi de 14 h à 18 h 30
21 rue Cujas,
75005 Paris
www.solifa.com

This slideshow requires JavaScript.

Abonnez-vous à notre rubrique 'La Maison D’Édition'