Bonne Fête des Mères

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08 Jun

Il y a des choses dont on ne vous parle pas assez avant que vous deveniez mère.

Alors bien sûr on vous rebat les oreilles de ce que vous devez faire/boire/manger pendant la grossesse (réponse : ne faites rien mais faites du sport pour ne pas prendre trop de poids, ne buvez pas une goutte d’alcool sinon vous allez compromettre l’avenir entier de votre enfant sur 12 générations, ne mangez pas de fromages non pasteurisés, de charcuterie, de crudités, de sushis, ne pas ne pas ne pas, bref à la millième injonction vous êtes déjà écroulée de fatigue, très confuse et juste au 2e mois).

Une fois tous les nombreux interdits de la grossesse respectés (ou bravés, si vous vous sentez l’âme rebelle), commence votre parcours du combattant en tant que mère, où vous vous rendez compte que l’image d’Epinal de la maternité parfaite et béate dans laquelle vous retrouvez le corps de vos 16 ans en 32 minutes, où l’allaitement est la chose la plus facile au monde et où votre bébé ressemble au bébé Cadum et ne pleure jamais pour rien pendant 45 minutes n’est en fait qu’une vaste fumisterie.

Vous, vous vous imaginiez déjà telle Elle Macpherson sur une plage à Tahiti, en bikini échancré à allaiter votre bébé telle Gaïa nourrissant le monde, même pas besoin de filtre Instagram tellement vous et votre bébé seriez beaux au naturel. C’est en tout cas ce que vous avaient assuré les magazines dits « de la presse féminine » et si on ne peut plus faire confiance à Anna Wintour autant tout laisser tomber et partir vivre dans une communauté hippie dans les Cévennes.

Cessez donc de pleurer parce que l’image que vous renvoie le miroir post-partum est celle d’une femme fatiguée qui n’arrive pas à donner le sein et qui ne se rappelle plus quelle taille elle fait tant son corps a assumé une forme indescriptible et indéfinissable. Ce n’est pas votre faute. On vous a menti. Le capitalisme vous a menti. Comme d’habitude, alors arrêtez d’y souscrire s’il vous plaît. Monsieur Capitalisme s’est associé à Monsieur Sexisme et ils ont construit ensemble une image de femme et de mère tellement inatteignable que vous pensez que le cours naturel des choses (à savoir : que se remettre d’un accouchement est long, parfois difficile, et qu’il faut se donner du temps) est l’exception et que tout le monde est Elle Macpherson en bikini à Tahiti sauf vous. Du coup vous achetez des choses qui feront de vous un top model. Et vas-y que je me tartine frénétiquement d’huile anti-vergetures. Et vas-y que j’achète une pompe à lait haut de gamme vous allez voir avec ça finalement j’arriverai à lui donner du lait maternel. Pendant ce temps, vous pleurez beaucoup et de concert avec votre bébé, ça fait moyen au niveau ambiance à la maison. Au milieu de tout ça, vous vous rendez vaguement compte que tout ce que font les mères est en permanence jugé par la société, alors que si le père prend le petit doigt de son bébé on le considère comme Superman. S’il change une couche une fois de temps en temps, alors là laissez tomber, on chante ses louanges pendant une heure, on lui érige une statue sur la place publique et on lui parle avec déférence. Vous, ça fait 345 couches que vous changez en 8 minutes et tout le monde non seulement trouve ça normal mais en plus trouve que le père l’a mieux fait, finalement. Là, c’est le moment de prendre votre carte au parti féministe et de commencer à secouer un peu tous ces préjugés, parce que là, tout de suite, ça commence à bien faire. Et je vous arrête tout de suite, la solution n’est pas de déléguer ce que devrait faire le père à une femme migrante exploitée jusqu’à la moelle qui a laissé ses enfants chez elle pour subvenir à leurs besoins primaires en s’occupant en permanence des vôtres. La solution, c’est de secouer le cocotier néo-libéral et patriarcal pour que le travail domestique et de soin des enfants soit pris en charge par les parents (LES DEUX PARENTS, ou plus), avec l’aide de travailleurs et travailleuses vivant dans des conditions décentes avec des droits et des salaires qui leur permettent plus que deux tartines tous les 36 du mois. La solution ce sont des structures sociales et d’accueil à l’enfance adaptées et accessibles à tous, des congés parentaux payés où tout le monde peut souffler après la venue d’un enfant et des structures et un système de travail où l’on ne demande pas aux travailleurs de vendre leur vie pour l’entreprise.

Oui je sais, tout ceci demande que les deniers publics soient investis pour le public et non pas dans les poches des politiques corrompus. Oui je sais c’est pas demain la veille qu’on le verra. Là, c’est le moment de prendre votre carte de parti politique indépendant et révolutionnaire si possible, parce que l’argent, il est là, il existe, mais qu’au lieu de vous être redistribué, il va dans les poches d’actionnaires et de politiciens.

La vérité, c’est qu’avoir un enfant, c’est se prendre une claque magistrale par un bout de chou de 3 kilos. La vérité, c’est que l’amour que vous lui portez va vous bouffer de l’intérieur, vous faire grandir d’un coup, vous inonder et vous submerger. La vérité, c’est que l’allaitement c’est parfois beau, parfois facile, parfois difficile, parfois tout en même temps, et c’est parfois impossible, ou parfois tout simplement pas votre choix, et ne laissez personne, ni sage-femme, ni médecin, ni Anna Wintour vous dire que ce que vous choisissez de faire n’est pas assez bien ou carrément mal. La vérité, c’est qu’il va falloir faire des ajustements à votre vie, que ça fait peur mais que ça se fait. La vérité, c’est que ce n’est au final pas votre enfant qui va vous rendre la vie dure : lui, il veut de l’amour, un peu de lait et une couche propre. Il s’en tape fondamentalement si la couche est une Pampers ou une lange, ça c’est vous qui choisissez. La vérité, c’est que la maternité, ça serait merveilleux si on nous foutait la paix, qu’on arrêtait de nous dire quoi faire (avec des injonctions complètement contradictoires et qui ne prennent jamais en compte nos conditions matérielles) et qu’on demandait au système patriarcal de nous lâcher avec les exigences du corps parfait post-partum, et d’égaliser le partage des tâches ménagères.

La vérité, c’est que le mythe de la maman parfaite n’est rien qu’un énième mythe qu’il faut détruire, en robe jaune avec une batte de baseball parce que si Beyonce peut le faire pourquoi pas nous. À la place, on ne mettrait rien. Juste une page blanche qui nous laisserait, pour une fois, la liberté de materner en toute créativité. Et liberté.

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