Prata au pays de la télé ratée – épisode 3

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03 Jun
Le deuxième passage de Prata devant le saint Jury est imminent. Elle y pense et fait des crises de tachycardie. Heureusement, le cru sélectionné lors du premier tour est si peu comique que la Production organise un nouveau casting. Prata vient de gagner une semaine de répétitions. Malheureusement, cette semaine tombe pendant un voyage d’affaires. Parce que Prata travaille, accessoirement ; assez pour avoir des déplacements à l’étranger. Au stress du prochain live s’ajouterait alors celui de prendre l’avion.
Or, pour une fois, Prata est ravie de devoir se déplacer dans l’engin infernal ; s’il s’écrase, elle n’aurait plus de sketch à écrire, plus de clowneries à sortir devant un Jury qu’elle rêve de pouvoir un jour juger à son tour. Peut-être si les trois Stars qui le composent décidaient d’un commun accord d’écrire un livre à six mains, en français, pour le soumettre à sa maison d’édition francophone, Prata pourrait-elle alors le refuser. Sauf que le Jury est arabophone, et que dans « sa » maison d’édition, Prata n’est pas décisionnaire. Elle a de plus fortes chances avec l’avion ; elle se met donc à espérer un crash.
Elle n’a pas de veine, elle atterrit saine et sauve à destination. Prata est désemparée. Elle dort mal, mange beaucoup, boit plus. Surtout, elle ne trouve toujours pas une idée de sketch. Heureusement, le programme est attaqué par un bonhomme qui affirme qu’on lui a volé son idée. Prata ne comprend pas la colère de l’homme. Si elle avait eu l’idée elle-même, Prata ne l’aurait jamais réclamée. Elle l’aurait même niée sous torture, tellement elle trouvait le concept du programme quelconque. Mais bon, cette tournure des événements lui permet de gagner du temps. En ce moment, le gain de temps lui importe plus que celui de l’argent. Mais quand même, moins que celui du poids ; ce n’est surtout pas le moment d’en prendre. Il ne manquerait plus que ça. Déjà que la caméra rajoute des kilos. Malheureusement, son pitch au Producteur d’un sketch filmé à l’étranger plutôt qu’une apparition live qu’elle n’aura pas le temps de répéter est refusé. Elle devra se produire sur scène. Une journée d’auditions et un procès dissous plus tard, vient à nouveau le moment redouté. Son destin de
Sisyphe la place encore une fois dernière de la soirée. Elle est comblée. Cette fois, pas de risque d’être retenue. Les hommes du Jury auront hâte de se débarrasser d’elle pour aller faire la fête (c’est samedi soir, après tout). Et la femme… Prata s’en charge personnellement. Son sketch a d’ailleurs été conçu pour se moquer de la brune pulpeuse qui fait battre les cœurs, mais ne remue aucunement les méninges. Prata est, sentiment inédit, fière de son rendu. Puisqu’elle sera éliminée, autant l’être en faisant un bras d’honneur, en bousculant la diva autoproclamée de son piédestal. Malheureusement, le silicone semble résorber la matière grise : la diva n’est nullement dérangée par le sketch. Pis encore, elle rit aux éclats, pour la première fois. Heureusement, les hommes tiennent bon. Surtout le vieux sénile qui n’est pas sûr où il est, mais certain qu’il ne veut pas de Prata. Le moment tant attendu est là : Prata peut enfin respirer ; elle vient d’être éliminée. Cerise sur le gâteau : des parties de son sketch seront censurés à la télé, le rendant encore plus banal que le précédent.
Fin d’un parcours cent fautes, au cours duquel Prata a perdu le peu d’estime qu’elle avait pour sa personne, gagné des kilos malgré ses efforts, et surtout, plus que tout, enfin su, irrévocablement, que de l’humour, elle n’en avait pas. Dorénavant, elle se concentrera sur son physique plutôt que son moral.
Surtout qu’elle a lu quelque part en ligne que l’agence de mannequins grandes tailles Plus est à la recherche d’une nouvelle égérie. Qui sait ? Vous la verrez peut-être se trémousser en nuisette sur un poster collé à l’arrière d’un bus. Ou, plus vraisemblablement, terrée derrière son bureau à couler ses jours en espérant de tout cœur qu’on la laissera désormais tranquille.

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