Alaa Abd El Hamid, entre symboles et formes

Florence Massena
© Alaa Abd El Hamid © Alaa Abd El Hamid
11 Jun

A seulement 28 ans, le jeune Égyptien a déjà expérimenté plusieurs médiums artistiques : sculptures, art de rue, romans… Inventif et engagé, sa sensibilité s’exprime sous différentes formes mais aussi idées, surtout politiques. Il prend aujourd’hui le chemin de la France, mais ses œuvres ont hanté les rues du Caire pendant plusieurs années.

C’est une route manquée vers des études d’ingénierie qui a poussé Alaa Abd El Hamid à étudier aux Beaux-Arts de Zamalek, au Caire. Après avoir visité tous les départements artistiques de l’établissement, il se plonge dans la sculpture, d’abord de manière classique, avant de développer son propre style. « En 2010, j’ai commencé à expérimenter les matériaux et les formes, avec une préférence pour le fer, décrit-il. J’utilise des cylindres, des pots d’échappement… Mais aussi des miroirs, du polyester, du plastique, des vêtements, et même des dattes ! L’important pour moi, c’est d’expérimenter, de créer, d’assembler, principalement au travers d’installations. Je suspends beaucoup, j’occupe l’espace, car je n’aime pas juste poser mon travail sur une table ou par terre et le laisser là. » Une passion pour la sculpture qui lui a posé problème étant jeune : « Dans la religion musulmane, il ne faut pas réaliser de sculptures. En fait, tout a une âme dans l’Islam, et il était mal vu de prier des statues après Mohamad. Mais aujourd’hui, c’est carrément interdit. Heureusement, j’ai continué, mais c’était dur de communiquer avec les gens sur mes activités. »

La révolution de 2011 pousse le jeune homme à s’impliquer dans des projets politiques, dans les rues en siège de la capitale. Il a ainsi collaboré avec le célèbre artiste Ammar Abo Bakr sur tout un mur de la rue Kasr El Nil, ce dernier s’occupant de graffer tandis qu’Alaa installait des pots d’échappement. Seul, il a également réalisé 200 bas-reliefs représentant des aigles renversés un peu partout autour de Tahrir, recouverts de peinture phosphorescente, ce qui lui a valu une célébrité aussi inattendue qu’anonyme dans les réseaux sociaux : « Je n’ai avoué que c’était moi qu’après 5 mois de questions sur l’identité de l’artiste de la part du public. » En parallèle, il a écrit deux romans, qu’il décrit comme « une tresse basée sur des jeux de mots et de symboles avec la langue arabe ». « Je travaille sur la structure du langage, comme avec les matériaux. Je n’ai pas hésité par exemple avec The security man d’écrire tout un chapitre avec une seule phrase. » Comment pourrait-on alors définir son activité artistique ? « Je suis un sculpteur qui écrit », estime-t-il. D’ailleurs, deux nouveaux romans sont actuellement en gestation, attendant qu’il ait le temps et l’énergie de s’en occuper.

Mais, quatre ans après la révolution égyptienne, Alaa Abd El Hamid s’avoue fatigué par la politique. Il s’est d’ailleurs envolé à Paris pour une résidence artistique à la Cité Internationale des Arts sur le thème du « parasite social » de l’écrivain Bernard Frank. « En ce moment, j’essaye de me reconvertir, de me poser, explique-t-il, un peu las. Je me pose beaucoup de questions sur l’art et la politique. Il y a, dans l’art, une question philosophique à propos de son usage et de son impact sur les gens. Après un temps, une action peut se vider de son sens. »

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