Damas-Beyrouth-Paris : la quête artistique d’Omar Ibrahim

Florence Massena
© Omar Ibrahim © Omar Ibrahim
20 Feb

A 37 ans, Omar Ibrahim possède à son actif 15 ans de carrière professionnelle, même si la passion pour l’art plastique, peinture et sculpture l’anime depuis son enfance. Venu vivre à Beyrouth en 2012, il s’est depuis installé à Paris, où il a exposé en solo pour la première fois fin janvier une série intitulée « De Beyrouth à Paris, à la recherche de Damas », soit une sélection des œuvres ayant marqué la période 2011-2015, déterminante aux niveaux personnel mais aussi professionnel.

« Quand j’étais petit, je dessinais au lieu de faire mes devoirs, s’amuse Omar Ibrahim. Mais quand tu grandis dans une famille pauvre, tes parents s’inquiètent beaucoup pour ton avenir. Pour moi, l’art est quelque chose qui te porte au-delà de l’argent. C’est un style de vie, tu grandis avec, tu te vois au travers, tu guéris tes blessures avec, et au final tu en apprends beaucoup sur qui tu es vraiment et ce que nous faisons dans ce monde. » La guerre, et la nécessité de pouvoir créer dans de bonnes conditions, l’ont mené de Damas à Beyrouth, où il a rencontré Alexandre Pikiakos, entrepreneur et passionné d’art. Un an plus tard, du 22 au 25 janvier, l’artiste a pu exposer, chez son ami, son travail « De Beyrouth à Paris, à la recherche de Damas », une sorte d’extrait de journal intime de tous ses ressentis lors de ses pérégrinations forcées, du premier jour de la Révolution à son installation en France.

Une quête de paix et de tranquillité

« Ce titre est la question basique de ma vie, celle de trouver un foyer que j’ai perdu il y a longtemps, explique le peintre. Ce n’est pas forcément à propos de la famille ou du pays. Au-delà du concept d’appartenance, il s’agit du sentiment profond d’atteinte de la paix et de la tranquillité, loin des soucis de la vie de tous les jours. » En filigrane, on devine des drames et des questionnements liés à la situation syrienne : « Dans mon pays, on dit que “le pauvre est étranger dans son propre pays” : pour moi c’était le cas. En plus de ces quatre années de Révolution en Syrie, nous sommes nombreux à avoir dû commencer à chercher un foyer, au travers du rêve du changement, de la liberté et de la démocratie. » Après deux ans et demi loin de son pays, sa famille et son fils unique, à Beyrouth, puis depuis fin novembre à Paris, il estime « chercher encore avec passion et nostalgie le foyer, Damas, la ville qui porte nos rêves de vie agréable, les détails de la vie quotidienne que nous portons toujours sous notre peau, et entre les lignes et les couleurs de nos peintures. »

Songeur, Omar Ibrahim souhaite emporter le public de ses œuvres au-delà de leur univers : « La vie est courte, j’essaie de construire des ponts vers les autres au lieu de murs, et les autres peuvent agir de même. Chacun peut mener sa vie plus loin que l’injustice, le terrorisme, le meurtre et l’égoïsme destructeur, la rendre meilleure. Si on me considère rêveur, pourront-ils rêver avec moi et faire de ce rêve la première pierre vers un monde meilleur que celui dans lequel nous vivons ? »

Aller de l’avant

Optimiste malgré un parcours chaotique, l’artiste estime que ces voyages sont une manière pour lui de « découvrir et d’apprendre », ainsi que de créer une nouvelle atmosphère propice au développement de son propre projet, « dont j’ai rêvé la plus grande partie de ma vie mais que je n’ai pas encore atteint ». Avec l’espoir, toujours, de trouver une paix quelconque avec un nouveau foyer. « Je n’ai pas encore trouvé Damas, mais des morceaux, et je cherche le reste, ou plutôt j’essaie toujours de le créer, donc j’ai encore beaucoup à peindre, penser, et vivre ! »

Pour son avenir professionnel, il reste prudent : « J’attends de voir ce que va m’apporter cette exposition, et je peins toujours pour produire un nouveau travail. Je me prépare également pour des coopérations avec d’autres artistes, en particulier des musiciens, car je souhaiterais partager une expérience entre la peinture et la musique. On verra quand nous serons prêts. »

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