Ely Dagher, ou l’idée du « chez-soi »

Florence Massena
© Ely Dagher © Ely Dagher
24 Jun

Rêvant de devenir réalisateur depuis son enfance, le Libanais Ely Dagher a obtenu la Palme d’Or à Cannes pour son court-métrage Waves ’98 cette année. Vivant entre le Liban et la Belgique, il a d’abord étudié la publicité, l’illustration et l’animation à l’ALBA, avant de se diriger vers un master en théorie de l’art à Londres. Dix ans plus tard, il est devenu un réalisateur plein d’avenir, et de projets.

Toujours entre le figé et l’animé, les projets plus commerciaux et les projets plus personnels, Ely Dagher a un parcours plutôt éclectique. Cela ne l’a pas empêché de consacrer deux ans de travail à un projet bien personnel, Waves’98, basé sur sa recherche d’un « chez-soi » au milieu de ses allers-retours entre la Belgique et le Liban. « J’étais toujours entre deux pays, je ne savais plus ce que ça voulait dire être chez moi, explique-t-il. J’avais envie d’explorer cette notion, de rentrer dans ma tête et de chercher une solution à cette question très personnelle. J’ai quand même dû me poser en Belgique pendant un an pour produire ce court-métrage, donc je me sens un peu plus à l’aise maintenant. » Pourtant, ce confort mental n’est pas venu aisément : « Quand j’ai commencé la production je n’avais toujours pas de fin ! Il m’a fallu un an pour en trouver une, et cela se passe en plusieurs couches de narration, qui commencent lors de ma découverte de Beyrouth dans les années 90 et se poursuivent jusqu’au présent. Il a fallu que je recrée un processus mental d’approche de la ville au travers du temps. »

Des amis avec lesquels discuter de sa réflexion, il n’en a pas eus ; il a dû donc créer un processus très intime d’expression artistique. « J’ai quitté le Liban pour les études puis le travail, mais la plupart des gens que je connaissais étaient contents de partir, alors que je n’arrivais pas à m’en détacher comme eux. » Le jeune réalisateur ne sait toujours pas pourquoi, mais estime que c’est « compliqué ». N’importe qui pourrait penser à un trouble identitaire entre l’Occident et l’Orient, mais il affirme au contraire n’avoir jamais senti cette séparation, de par la forte proximité entre le Liban et le monde occidental.

Le Patrimoine, un moteur créatif

Un autre projet sur lequel il a travaillé, une installation sur le célèbre et historique hôtel, le Holiday Inn, lui a également permis de plonger dans la notion d’identité. « Il s’agissait d’une recherche dans le cadre d’un master à Londres, sur la relation entre l’identité et sa construction au travers de la ville, de l’Histoire et de l’archive, détaille Ely Dagher. Les monuments heurtés par la guerre civile sont importants à préserver car nous n’avons aucun musée relatant cette période. En 2009, quand j’ai entendu parler de la vente du Holiday Inn, j’ai décidé d’interviewer d’anciens combattants, et de réaliser une double narration : une fiction audiovisuelle basée sur l’hôtel, entrecoupée de témoignages. » Pour lui, « même si on doit avancer, on peut le faire sans oublier », avec la conscience que les erreurs se répètent et que l’Humanité n’apprend pas de ses erreurs. Ces questions, le réalisateur se les est posées au début de ses voyages, en rencontrant d’autres expatriés de la région : « Ils étaient très attachés à leur pays, à leur identité religieuse, à ce qu’ils croient être leur identité, alors que c’est très différent de ce qui se passe dans le pays lui-même. Donc qu’est-ce qui constitue l’identité ? Le sentiment d’appartenance. »

Après s’être vu décerner la Palme d’Or, le jeune homme s’estime honoré, mais surtout motivé à se plonger dans ses projets, dont il ne peut pas encore parler, et dans le travail. « Je vais prendre l’été pour y penser, mais ce sera flou jusqu’à la fin, comme d’habitude », conclue-t-il en riant.

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