Le Molotov, la salle de concert marseillaise des amoureux de musique

Florence Massena
© Romain Beurrier © Romain Beurrier
07 Jan

Le Cours Julien est un incontournable des nuits marseillaises, le lieu regroupant de nombreux restaurants et bars aux styles éclectiques. L’un d’eux, situé Place Cézanne, détonne par ses couleurs abruptes, le noir et le rouge : il s’agit du Molotov, bar-concert qui accueille tous les styles et les musiques, dans un esprit de partage et de convivialité.

Le Molotov est un espace de sortie ouvert le 21 décembre 2012, « le jour où la fin du monde aurait dû avoir lieu », souligne en souriant l’un des co-fondateurs, Hazem, qui s’occupe principalement de la programmation. Il s’est lancé avec son ami Fabien, chargé de la partie administrative, dans l’aventure après un constat assez simple : « À l’époque, on était une vingtaine de potes à sortir, mais aucune offre musicale ni style de bar ne nous correspondait. Tout est trop commercial, alors qu’on voulait écouter du bon reggae, du rock, de la musique latine, occitane, etc. » Ils ont alors pris un local disponible, afin de faire « quelque chose à l’image du quartier, musical, avec un public diversifié, de différents milieux, où l’on réunirait les gens autour de la musique, tout en donnant de la place aux musiciens locaux pour jouer et échanger. »

Un lieu de rencontre et de découverte

« Pour nous, il s’agit plus d’une salle de concert que d’un bar, détaille Hazem. C’est un endroit pour apprécier la musique, et pas seulement la consommer. L’entrée est la plupart du temps à cinq euros, et les concerts des grosses pointures coûtent moitié moins cher que dans les autres endroits, car la culture doit rester accessible ; qu’importe si on perd de l’argent là-dessus. » Le Molotov, c’est d’ailleurs, aussi, une posture sociale : « On se trouve en décalage par rapport à ce que la société peut définir comme étant une sortie : il faut bien s’habiller, dépenser, ne pas s’entendre parler tellement la musique est forte… Au final, il y a cette vision des rapports humains comme de simples consommations, les hommes partent “à la chasse”. Nous, nous voulons recréer du lien social, faire découvrir une contre-culture, s’écouter, sans idée de performance ou d’efficacité. » L’important pour Hazem et son équipe est que les gens se sentent à l’aise : « Nous n’hésitons pas à virer ceux qui embêtent les autres, par exemple. Beaucoup de femmes fréquentent la piste car elles ne sont pas dérangées quand elles dansent. Il faut que l’esprit qui règne soit à l’image du lieu. »

Et la formule fonctionne : environ une centaine de personnes viennent aux concerts en semaine, le double en week-end, « même si on a eu des flops. » Le public est originaire de tous les horizons et milieux, voire d’autres villes françaises car « la programmation accroche, c’est rare dans le Sud », ce qui résulte en un brassage « très méditerranéen ». Des milieux divers qui n’hésitent pas à se mélanger le temps d’une soirée : « Des fois, ça donne lieu à des scènes assez drôles. J’ai vu un groupe de femmes dans la quarantaine danser sur du hard rock, des punks qui tentaient la salsa… Ici, personne n’est jugé. »

Une programmation originale

L’offre musicale est en effet assez diversifiée : du punk à la salsa, du funk au hip hop, du reggae au métal… « Du moment que le groupe a un état d’esprit cool, on accepte », simplifie Hazem. La sélection des groupes lui prend pourtant des heures de recherche et d’écoute sur Internet, finissant par accueillir non seulement des artistes marseillais mais aussi d’Allemagne, du Canada, ou encore du Venezuela. « Ici, on fait découvrir des artistes accomplis, pas forcément connus mais qui ont une réelle qualité musicale, sans grosse machine commerciale derrière. Il faut sortir des stéréotypes ! » Le passionné de bon son sait que le Molotov ne suit pas une logique de bar habituelle, mais n’en à rien à faire : « Dans notre univers à nous, on souhaite faire les choses comme on aime, les gens peuvent bien parler, on ne cherche pas à rayonner ni à faire dans la communication. »

Une recette qui semble porter ses fruits : « Aujourd’hui, le public vient car il nous fait confiance pour le choix musical, et les jeunes artistes se servent de la salle de concerts comme d’un tremplin pour voir si leur musique accroche ou pas. Je pense que beaucoup de gens ont à gagner en découvrant de nouveaux talents, ici et ailleurs, et en écoutant de la musique non formatée, plus humaine. »

Pour la suite, Hazem et Fabien souhaiteraient d’abord stabiliser la fréquentation du Molotov, en habituant les gens à cette scène culturelle particulière, même s’ils s’estiment déjà satisfaits des débuts de leur aventure. Puis, si tout se passe bien, un festival « à taille humaine » devrait être organisé dans le quartier, et certains de leurs artistes favoris programmés ailleurs en Europe et au Moyen-Orient.

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Le Molotov

3 Place Paul Cézanne, 13 006 Marseille

Pour la programmation : http://www.lemolotov.com/

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