Leila Alaoui à la découverte des villageois marocains

Florence Massena
© Leila Alaoui © Leila Alaoui
04 Feb

Dans le cadre de Photomed Liban 2015, Leila Alaoui expose sa série « Les Marocains » jusqu’au 11 février à la Black Gallery dans les souks de Beyrouth. Ayant vécu entre la France, le Maroc et les États-Unis, où elle a étudié la photographie, elle est devenue la directrice artistique de la galerie Station, qu’elle a lancée avec son compagnon. Pour cette grande nomade, ce travail est un retour aux origines et aux identités, une entreprise d’archivage de traditions en voie de disparition.

« Les Marocains » est une exposition de portraits de femmes et d’hommes que Leila Alaoui a rencontrés dans une quinzaine de villages marocains pendant trois ans de road trips dans différentes régions. « J’ai été très inspirée par In the American West de Richard Avedon, explique-t-elle. Je voulais faire la même chose au Maroc. D’un village à l’autre, les tenues, les paysages, et les traditions sont différents… J’ai donc commencé une sorte de travail d’archivage, loin de l’aspect carte postale, sans paysage et avec de la lumière artificielle, comme pour la photographie de mode. »

Entre le journalisme et l’art

Elle s’est ainsi rendue au devant de ses sujets, allant jusqu’à dormir chez l’habitant, pendant quelques jours avant d’amener son studio mobile sur la place du marché. « Les gens sont très difficiles d’accès, ils en ont marre d’être pris en photo par les touristes, ou craignent le mauvais œil, ils sont très superstitieux ! Il m’a fallu faire preuve de patience pour les mettre à l’aise, surtout avec les femmes. Je leur imprimais les photos sur place en retour. » L’autre spécificité de cette plongée marocaine, la pose : « Ils n’ont vraiment pas l’habitude de poser et ne savent plus quoi faire quand on les dirige. Au final, ils prennent tous une pose fixe, les bras le long du corps avec un air très sérieux, et regardent droit vers moi. Mais c’est aussi pareil en Inde, dans les endroits où l’on n’a pas l’habitude de cette technologie. » On peut retrouver une certain unité dans la série de Leila Alaoui, jusqu’à la lumière froide qui met en avant le moindre détail des tenues et des expressions.

Une « démarche anthropologue avec un langage artistique » selon la photographe, qui souhaite étudier et immortaliser des traditions menacées : « Dans les villages berbères, par exemple, les femmes avaient le visage tatoué, c’est très rare chez les jeunes générations, les tenues traditionnelles aussi, tout part très vite. » Elle met en valeur la « diversité culturelle, l’artisanat et l’attachement aux traditions marocaines », qu’elle a vus s’étioler en l’espace de quinze ans. « Je témoigne de réalités sociales qui disparaissent, peut-être bientôt totalement. »

Documenter, c’est ce que la jeune femme veut réussir à faire au travers d’immersions sociales mêlées à ses aspirations artistiques : « Je vais exposer à l’Institut du Monde Arabe une installation de vidéos sur le parcours imaginé de nouveau de migrants subsahariens, avec leur voix en off et parfois leur image, d’une manière plutôt abstraite. » L’identité, les migrations, la diversité culturelle font partie de ses centres d’intérêt principaux : « Je l’ai moi-même vécu et ressenti, surtout à mon retour au Maroc. Il m’était dur d’imaginer que parce que j’avais certains papiers, je pouvais m’envoler loin, alors que d’autres prenaient le bateau pour tenter de rejoindre l’Europe, au risque de leur vie. Les sous-cultures, les populations marginalisées, m’attirent car je les comprends. En France, je suis Marocaine, au Maroc je suis Française, et aux États-Unis je suis une chose un peu exotique. »

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« Les Marocains », par Leila Alaoui

Jusqu’au 11 février 2015 à la Black Gallery

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