Une bibliothèque moderne pour une ville d’Histoire(s)

Florence Massena
© Bibliotheca Alexandrina © Bibliotheca Alexandrina
05 May

Alexandrie, ville méditerranéenne d’Égypte, est non seulement célèbre internationalement pour son port, mais aussi pour sa bibliothèque, qui était la plus connue du monde antique, et a existé de 228 av. J.-C. jusqu’à une date inconnue, les historiens se disputant les hypothèses de sa destruction. Le 16 octobre 2002, pourtant, elle renaît de ses cendres dans une version moderne signée par l’Unesco, l’agence d’architecture norvégienne Snøhetta, et l’architecte égyptien Mamdouh Hamza : la « Bibliotheca Alexandrina » s’impose alors comme l’un des attraits culturels les plus importants d’Égypte.

La « Bibliotheca Alexandrina » n’est pas seulement une bibliothèque, elle est composée d’un centre de conférences, d’un planétarium et d’un espace d’expositions et bibliothèque. L’enceinte extérieure du bâtiment expose un mur en granit sur lequel sont gravées des lettres de plus de 120 langues, tandis que le planétarium représente une sphère flottante encerclée de rayons lumineux et blancs. La bibliothèque dispose d’un toit en forme de disque solaire incliné, symbolisant le soleil levant, mais aussi construit de telle façon à ce que le soleil ne frappe jamais directement la salle de lecture. Le rendu est impressionnant, avec pas moins de 160 m² de circonférence, et 11 étages dont 4 souterrains. En-dehors de la bibliothèque à proprement parler, on trouve un centre de recherches académiques, un centre scientifique, les musées des antiquités et des manuscrits (de Sadat et de l’histoire des sciences), les collections permanentes des arts visuels contemporains, des collections personnelles, du patrimoine, de l’histoire de l’imprimé au digital, sans compter un panorama culturel sur 9 écrans. On peut aussi noter l’existence de technologies 3D pour faciliter l’expérimentation scientifique. Les « plus » de la nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie sont sans hésiter son site Internet, qui propose une librairie digitale sur Alexandrie et l’Égypte, antique et moderne, ainsi que sur le reste du monde, des archives Internet, et une bibliothèque numérique de manuscrits. Pour mettre à bien cet ambitieux projet, l’institution possède une machine à digitaliser, qui permet de scanner 2500 pages par heure de manière automatique, sauf pour les documents fragiles, à manipuler à la main. Elle imprime elle-même des copies d’ouvrages, avec trois machines, sur 60 dans le monde, appelées « Print on demand », qui reproduisent 500 pages en moins de 4 minutes après obtention de droits d’auteurs, afin d’éliminer le gaspillage.

Un investissement culturel de taille

Il a fallu près d’un siècle à la nouvelle bibliothèque pour voir le jour. « Au début du XXe siècle, de nombreux articles demandaient au gouvernement égyptien d’en ouvrir une nouvelle, raconte Dr Khaled Azar, consultant média. En 1974-75, le Professeur Mustafa Abbadi, de l’Université d’Alexandrie, qui effectuait des recherches sur l’ancienne bibliothèque, a demandé de l’aide à tous les scientifiques, personnalités publiques et institutions du monde entier, y compris l’Unesco, pour la reconstruction du monument, mais personne n’a réagi. En 1990, Suzanne Moubarak, la femme de l’ancien Président égyptien, s’est adressée au ministère de l’Éducation, son mari demandant de son côté aux présidents et rois de l’aider dans ce projet. » Une manœuvre qui a permis de récolter 100 milliards de dollars, principalement de l’Arabie Saoudite, du Golfe et de l’Irak. L’Union Internationale des Architectes est intervenue pour soumettre une sélection de designers et d’architectes : une joint-venture de sociétés norvégienne, italienne, britannique et égyptienne remporte alors le projet, et les travaux commencent en 1994. Ceux-ci ont été très vite ralentis par la découverte de monuments et d’objets remontant aux périodes grecque et romaine, résultant en l’ajout d’un musée des antiquités.

Mais la « Bibliotheca Alexandrina » représente bien plus qu’un lieu de recueil de savoirs, selon le Dr Khaled Azar : « L’Égypte est redevenue un lieu de sciences en dehors des temples, cela permet de montrer que le savoir est différent de la religion. » L’architecture est moderne, car « les Égyptiens ne voulaient pas de quelque chose ressemblant à l’ancienne bibliothèque, notre esprit est différent des autres pays de la région, cela permet d’affirmer une autre identité ». Très vite, l’institution a établi des liens avec l’Union Européenne, les États-Unis, la Russie, l’Australie, l’Asie et l’Afrique, au travers de collaborations culturelles et universitaires, de jumelages de bibliothèques et de programmes universitaires. « Nous souhaitons, sur le long terme, être reconnus comme une institution intellectuelle, conclue le consultant. L’important est d’envoyer un message culturel au monde, et de développer la recherche et l’amour du savoir partout dans le monde. »

Une bibliothèque variée et adaptée à tous

Pour ce qui est de la bibliothèque en elle-même, impressionnante de modernité et d’outils pédagogiques, avec de nombreux outils informatiques, différentes sections permettent au visiteur, à l’étudiant et au chercheur de trouver facilement son bonheur parmi plus de 2 millions ouvrages de la collection, imprimée et digitale. On y trouve, en plus des ouvrages généraux, une bibliothèque pour enfants, une pour les adolescents, et une section spéciale pour les malvoyants. Les collections spéciales incluent les arts et multimédias, une salle de lecture de manuscrits, de microfilms, de livres rares et spéciaux, une section Nobel, la collection Shadi Abdel Salam, et des rayons entiers en français, suite à une donation, par le gouvernement français, de 500 000 livres publiés entre 1996 et 2006. « En plus du fonctionnement normal d’une bibliothèque, sur abonnement, nous proposons des activités et des formations aux jeunes et adultes, explique Lamia Abdel Fattah, responsable du secteur bibliothèque. L’important est que chacun soit écouté, guidé, et puisse bénéficier de toutes les informations dont il ou elle pourrait avoir besoin. »

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