Vranas Georgiadhis, le peintre du réel

Florence Massena
© Vranas Georgiadhis © Vranas Georgiadhis
22 Apr

Installé au Caire, fils d’une Grecque et d’un Autrichien ayant la nationalité américaine, Vranas Georgiadhis est l’un de ces hasards des rencontres et des voyages, porté au gré du vent vers différentes destinations. États-Unis, Grèce, Espagne, Égypte, Irlande, Thaïlande, Indonésie, Bali, Chine… Autant de paysages et de personnalités différents, capturés au pinceau par l’artiste, passionné de traditions et d’ethnies.

Rencontrer le peintre Vranas Georgiadhis est une expérience en soi. Le rendez-vous est fixé dans un café américain du quartier de Zamalek, quartier des beaux-arts du Caire, ville dans laquelle il est né en 1949. Sans portable ni ordinateur, mais doté d’une tablette et de peintures roulées, son style victorien détonne au milieu des jeunes venus préparer leurs examens. Discrètement, ils scrutent ses bagues épaisses, son long manteau noir et ses cheveux bouclés. Loin de s’en offusquer, l’artiste semble s’en amuser, et déroule ses œuvres à la vue de tous. Ici, une petite fille appelée Chouchou, jouant avec des pierres et du sable, au « sourire éclatant », là, un enfant sur le marché, les yeux tristes, « désespéré car il sait qu’il est coincé ici, comme son père, pour la vie ». Ou encore, une étudiante au hidjab très stylisé, très belle, et aux yeux d’une intensité sans égale… Ces portraits proviennent d’une série de trois ans passés à Assouan, en Haute-Égypte, ville qu’il adore.

Lutter pour une vision de l’art

Le style qu’il met en avant est classique, traditionnel : « On a perdu les enseignements des écoles orientalistes européennes, remplacées par les écoles modernes. C’était peut-être romantique ou idéologique, mais je le vois comme une manière de fixer le mode de vie des gens à une certaine époque, comme la documentation de quelque chose. » Pour ce faire, après 17 ans entre la Californie, Los Angeles et Washington, il se dirige vers la Grèce pour peindre, puis entrer aux Beaux-Arts en 1967. Très vite déçu, Vranas fait la rencontre du peintre Andreas Georgiadis, qui lui donne des leçons privées et lui apprend tout ce qu’il sait aujourd’hui. L’artiste est pourtant précoce : « À 14 ans, ma mère a donné l’une de mes œuvres à un ami travaillant dans le Cabinet Kennedy. Son frère, Robert Kennedy, m’a demandé de l’acheter, puis l’a transférée à la Galerie Nationale. C’était ma première vente ! » Ensuite, il voyage un peu partout dans le monde, influencé principalement par les îles grecques qu’il fréquente pendant près de 12 ans, et les danseurs tziganes d’Espagne, les pubs et les campagnes irlandais. « À la fin des années 70, j’ai passé trois ans à Hong Kong, à peindre les gens dans les rues, mais aussi dans les pays environnants, notamment à Bali où j’ai peint en trois mois l’équivalent de cinq ans de travail, principalement sur les cérémonies tribales, raconte-t-il. Je suis revenu m’installer en Égypte, où j’espère rester pour de bon. » Quand on lui parle de « parcours », il préfère utiliser le terme « lutte » : « Je dois résister aux matériaux eux-mêmes, car il faut toute une vie pour se perfectionner en dessin et en peinture à l’huile ; j’ai dû d’ailleurs parcourir le monde pour ça. Ensuite, arriver à vivre économiquement de son seul art, du travail de ses mains, est très difficile, j’ai réussi mais j’ai perdu beaucoup dans la foulée. En tant que peintre réaliste, je me bats aussi contre l’art contemporain, qui pendant les 60 dernières années a imposé l’abstrait dans les galeries et les écoles, mais j’ai réalisé que les gens sont encore intéressés par la représentation. Par exemple, ces peintures aussi détaillées que les photographies, c’est une sorte de seconde vie du réalisme. »

Contre l’uniformisation de la modernité

Le sujet principal de Vranas Georgiadhis est l’humain, mais l’humain qui disparaît, enchaîné à ses racines et traditions. « Je m’intéresse surtout aux ethnies car elles sont en train de s’effacer, rattrapées par l’uniformité de la modernité, estime-t-il. Par exemple, en 1988 en Grèce, on trouvait encore des personnes en tenue traditionnelle, mais en 2005 tout le monde portait un jean ! C’est le même phénomène en Égypte, mais ce n’est pas juste une affaire de costume. J’ai vécu en Californie, où l’on a des « compounds », des « food courts », etc. Le Caire commence à ressembler à la Californie ! Je ne dis pas que c’est mal, mais cela arrive tellement vite. La télévision, Internet, l’industrie du film et de la musique… tout nous pousse vers l’uniformisation. Et comme je suis un peintre traditionnel, j’essaie de préserver en peinture certaines de ces images. »

This slideshow requires JavaScript.

Abonnez-vous à notre rubrique 'Ressources Dossiers'