Avons-nous tourné la page ?

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29 Aug

On a fait la guerre.
On a fait un semblant de paix.
Mais avons-nous fait la paix avec nous-mêmes ?
Sommes-nous encore trop près pour voir plus loin ?
Avons-nous dépassé nos traumatismes ?

Quinze années d’un conflit à plusieurs visages, tous plus hideux les uns que les autres ont fait 200 000 morts, 300 000 blessés et condamné 500 000 Libanais à quitter leur patrie. Chiffres éloquents, parlants mais qui ne racontent pas les chocs, les traumatismes, les souffrances, les peurs, les pleurs et les humiliations de trois millions et demi de Libanais qui, comme tous les peuples aux prises avec une guerre sanglante mettront des années à surmonter le traumatisme. Car la guerre, au-delà des blessures physiques, fausse le destin psychique. Au plan individuel, et selon le psychiatre Lionel Bailly, le traumatisme survient lorsque le sujet acteur ou témoin de l’événement est soudain confronté à une émotion si forte qu’elle déborde ses capacités de traitement. Quelque chose ne peut être symbolisé. Parmi les émotions susceptibles de déborder l’individu, la terreur est celle qui s’associe le plus souvent aux traumatismes de guerre. Le psychiatre parle aussi de syndrome de reviviscence : le sujet a l’impression de revivre l’événement sous forme de pensées, de cauchemars, de flash-back. Ces reviviscences sont tenaces et peuvent réapparaître de temps à autre chez des individus ayant vécu un traumatisme des dizaines d’années auparavant. Ces souvenirs obsédants sont envahissants et prennent beaucoup de place dans le psychique, la mémoire des individus et laissent peu de place à l’apprentissage. Ces moments de contact avec la mort sont un moment de peur pure, de perception d’une réalité totalement autre, imprévue. Ce moment est suivi d’un état de choc car cette réalité, l’individu ne peut la filtrer parce qu’elle ne correspond à rien de ce qui constitue son psychisme. Cet événement ne peut être intégré à rien de connu donc ne peut entrer dans la dimension du souvenir et devient ainsi un éternel présent occasionnant la répétition traumatique. Ce syndrome va influer sur la vie sociale de la personne qui ne pourra pas communiquer son expérience et se retrouvera isolée donc en proie à un second trauma. Toute la construction psychique de l’individu est donc bousculée et entraîne une modification radicale de l’identité de la personne.
Autrement dit, on ne peut avancer si on n’a pas dépassé le trauma.

« Et puis ? Plus rien. Le silence. La montre, vieille horloge familiale au milieu du grand couloir des chambres juste en face de la boîte à pharmacie bleue. L’horloge qui, après avoir reçu un éclat d’obus, continue à fonctionner tout en grésillant un peu. On n’a pas voulu la réparer. Elle marque le temps actuel des choses qui ne passent plus facilement. Des choses qu’on a du mal à déglutir, à digérer. Le temps a du mal à passer sur ces visages fixés sur celui de Simone. Il est obligé de marquer quelques secondes d’arrêt avant de se lancer à nouveau, d’animer les traits de visages qui se crispent, les doigts nerveux qui reprennent le fil du chapelet, qui cherchent dans chaque grain un semblant de consolation. »

Extrait de la nouvelle Le temps en osier, tirée du recueil Déviations et autres détours de Valérie Cachard, à paraître aux éditions Tamyras

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