Entretien avec Mayaline Hage, directrice de l’association Assafina

Plan de travail 1 copie 3
04 Apr
Assafina est une association pour personnes à besoins multiples, parlez-nous-en un peu.
Assafina est un centre qui accueille des adultes âgés de 20 à 60 ans ayant des incapacités motrices et intellectuelles. Notre centre est à la fois un lieu de travail, de soins palliatifs et d’activités artistiques. Chaque jour de 8 h à 14 h, nous accueillons près de cinquante bénéficiaires, dont quinze en internat.

Depuis que vous, Mayaline, êtes à la tête de cette association, quels changements lui avez vous induits ?
Bien qu’existant depuis près de 20 ans, le centre manquait de vision et d’une équipe de travail qualifiée. C’est cela que j’ai tenté de pallier à mon arrivée il y a un peu plus de quatre ans. Mon travail a consisté à restructurer entièrement l’association, en y instaurant des ateliers de travail (cuisine, mosaïque, recyclage, papier-mâché, paille), en recrutant une équipe de spécialistes qualifiés (psychologue, physiothérapeute, orthophoniste, psychomotricienne, assistante sociale) et en donnant une dimension importante aux activités et à l’expression artistiques (théâtre, photographie, peinture, danse, musique…).
Ainsi, nous essayons d’apporter un accompagnement résultant d’une vision holistique de nos bénéficiaires, en travaillant tant sur leur santé que sur le développement de leurs capacités, leur créativité et l’épanouissement général de leur personne.

Quelles sont les ambitions d’Assafina ?
Nos ambitions sont directement reliées aux défis que nous rencontrons quotidiennement ; d’une part, nous avons pu définir quels types de soutien et d’activités étaient hautement bénéfiques aux personnes que nous accueillons, comme les activités artistiques ou occupationnelles, le soutien psychologique, les groupes de parole avec les familles, l’activité physique, etc.
Mais le besoin est fort et il faudrait que nous puissions leur offrir ces supports de façon beaucoup plus soutenue ; cela ferait une différence énorme dans leur vie. Nous sommes aujourd’hui limités par nos moyens.
D’autre part, la question du futur se pose cruellement ; nous faisons face à une population d’adultes, qui pour la plupart ne sont pas autonomes. La majorité des personnes en situation de handicap au Liban est adulte, la majorité est illettrée et seule une minorité travaille. Les familles sont en détresse, à juste titre. L’évocation de « l’après » est douloureuse. Notre ambition actuelle est de créer un nouveau centre qui soit à la fois un lieu de résidence, de travail, et une académie d’art pour personnes ayant des limitations physiques et/ou cognitives, tout en favorisant les relations positives avec les familles et la société. Nous voulons par ailleurs continuer à travailler sur l’inclusion sociale et une prise de conscience nouvelle du handicap.

Comment les résidents et le personnel de l’association ont-il vécu cet atelier photo ?
Les résidents ont accueilli l’atelier avec joie et s’y sont donnés avec ferveur. Comme je le mentionnais plus tôt, il y a en général chez eux une réelle soif de faire, une profusion de choses à exprimer, un désir de vivre des expériences. On ne peut rester sourd à cet élan-là ; les initiatives comme cet atelier de photographie sont une façon d’y répondre.

Qu’attendez-vous du public lors de l’exposition et de la réception du livre ?
Cette exposition revêt pour nous plusieurs dimensions ; il s’agit d’une part, bien sûr, d’exposer un travail qui a une valeur artistique et humaine, et de faire connaître, d’autre part, les artistes à l’origine de ce travail.
Nous cherchons à sensibiliser l’opinion publique sur les possibilités, les capacités et l’expression artistique tout à fait particulière de nos résidents plutôt que sur les incapacités et impossibilités souvent associées à la perception du handicap. Il est important pour nous de les placer dans une situation humaine et digne, où ils peuvent être fiers de ce qu’ils ont accompli, au même titre que quelqu’un d’autre. Il est aussi crucial d’informer sur la réalité d’une situation peu ou mal abordée, en espérant trouver le support qui nous aidera à pallier cette situation avec la création de notre nouveau centre d’accueil et académie d’art.
Enfin, nous espérons que cette exposition et que ce livre seront le premier volet d’une série d’initiatives visant à favoriser les interactions et l’inclusion sociales, tout en travaillant sur les idées reçues et stigmates liés aux personnes ayant certaines incapacités.



« A Different Persective » sera à découvrir lors du vernissage de l’exposition du même nom qui se déroulera mercredi 5 avril 2017 à partir 18 h à la galerie Tanit à Beyrouth.

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