Et si on allait au Musée ?

© May Arida © May Arida
07 Apr

Dans une excellente initiative, le ministère de la Culture organise une nocturne durant laquelle nous pourrons visiter pas moins de 11 musées et comprendre toute l’importance de l’histoire au Liban. Cela fait du bien. En marge de ces lieux prestigieux, juste envie de vous parler aussi d’initiatives privées, de personnes incroyables qui, au fil des ans, avec patience et minutie, ont su collecter des milliers de pièces qui ont fini par former un vrai musée privé. Alors n’oublions pas Ibrahim et sa drôle de caverne, Ibrahim et son doux sourire, Ibrahim et son immense espoir de voir un jour ses efforts reconnus. Allez donc à Aïn el Mreïsseh et demandez Ibrahim et le Souffleur. Tout le monde l’aime là-bas. Entrée gratuite et vous ne le regretterez pas. Voici son portrait extrait de Beyrouth By day, Tamyras.


Assis sur la terrasse du port, un marin semble plongé dans ses pensées sous sa casquette de toile. En réalité, Ibrahim Najem ne rate pas une bribe de ce qui se passe dans son quartier. Ayant perdu l’usage de ses jambes dans un accident de plongée, alors qu’il tentait un matin de septembre 1981 de secourir des plongeurs imprudents, ce pompier, fils et petit-fils de pêcheur, est la véritable figure de proue de Aïn el Mreïsseh. Si vous passez par là et qu’il vous propose gentiment de visiter son musée, surtout sautez sur l’occasion car ce que vous allez découvrir vous laissera stupéfait. En effet, c’est au second étage de sa vieille maison familiale traditionnelle qu’Ibrahim a commencé à entasser ce qu’il repêchait des profondeurs de la mer. Depuis son accident, ce qui n’était qu’un gentil hobby de collectionneur est devenu une véritable passion. Dès lors, Ibrahim ramasse, rachète et reçoit des dizaines de milliers de pièces. Comment qualifier ce musée ? D’abord une partie consacrée à la mer avec des poissons séchés, des coquillages, des vestiges de bateaux, comme le Champollion échoué en 1952, une amphore avec des inscriptions grecques remontant au règne d’Alexandre de Macédoine. À cela s’ajoute un petit musée de la guerre avec des fusils ottomans, des baïonnettes égyptiennes, des sabres arabes, des poignards vikings, des canons de toutes sortes. Et la partie la plus émouvante est probablement celle consacrée aux vieux métiers de Beyrouth où, de la première machine à tisser à la vieille machine à coudre, du vieux phonographe à la première caméra du photographe arménien de la Place des Martyrs, et plus de 20 000 photographies du vieux Beyrouth, l’histoire d’une ville se raconte.
« Car mon bateau est mon trésor, mon Dieu, c’est la liberté ; ma loi, la force et le vent ; mon unique patrie, la mer. » La chanson des pirates de José de Espronceda se devine dans les yeux gris de Ibrahim Najem qui rêve encore, même s’il ne l’avoue plus, de voir la ville de Beyrouth se pencher sur ses trésors amassés, les dépoussiérer, les répertorier, les présenter, les évaluer, prendre le relais.

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