La résilience comme alternative

Florence Massena
© Florence Massena © Florence Massena
29 Oct

Au Salon du livre francophone de Beyrouth, le mardi 27 octobre, les Éditions Tamyras ont proposé au public une conférence intitulée « La résilience comme alternative ». Sous la modération de la journaliste Fifi Abou Dib, l’ancien professeur Roni Alpha, la fondatrice de Roads for Life Zeina Kassem, celle de Neonate Fund, Rada Lozi Sawwaf et la docteure Aimée Nasser Karam, ont pu parler du processus de résilience après un choc émotionnel.

On dit souvent que les Libanais sont résilients. Mais d’abord, que veut dire ce terme ? « Cela sert à parler de la faculté de l’être humain à rebondir après un drame », résume pour sa part Fifi Abou Dib, avant de laisser la parole à Zeina Kassem, qui signait après la table ronde son ouvrage La Traversée sur le stand Tamyras, afin qu’elle partage son expérience personnelle après la perte soudaine de son fils Talal. « J’ai vécu des moments que je n’arrivais pas à expliquer, j’ai dû passer par plusieurs étapes pour m’adapter au manque et à la douleur, et pour protéger ma famille, confie-t-elle. L’écriture en faisait partie, comme personne ne pouvait vraiment m’aider. » La fondation de son ONG Roads for Life a fait partie de ce processus, par un concours de circonstances qui a pu aider de nombreuses autres personnes à ne pas subir le sort de Talal. « Peut-être que c’est pour ça qu’il a quitté cette Terre, que c’est son message. Cela m’a aidée à tolérer la douleur, mais il n’y a pas de recette toute faite. Faire le choix de continuer sa vie n’est pas facile, mais on ne devrait pas se sentir coupable de revenir vers la normalité, c’est mon vécu de la résilience. À un moment donné, le rôle de fondatrice d’ONG a pris le pas sur celle de maman, et je me suis donné pour mission d’assurer une vie meilleure aux autres. » Pour avancer, Zeina Kassem s’est aussi appuyée sur l’aide d’un ami, ancien professeur de Tala, Roni Alpha, qui lui a permis de mettre des mots sur ses émotions. « Je n’ai été qu’un fidèle traducteur des émotions de Zeina, raconte-t-il. Quand elle avait besoin d’extérioriser ses émotions, j’étais là, et trouvais les mots. C’est éprouvant aussi, cela a été une expérience émotionnelle très forte, mais l’important était d’aider. »

Pour Rada Lozi Sawwaf, c’est la conception de sa fille qui l’a amenée à vivre ses premiers drames, au travers de fausses couches puis une naissance prématurée. Cela l’a amenée à fonder en 2011 le fonds de charité Neonate à l’hôpital d’AUB pour assister financièrement et psychologiquement les parents des prématurés, une nuit à l’hôpital pouvant coûter entre 1 500 et 2 700 dollars pour ces enfants nés trop tôt. « Pour moi, la résilience c’est l’acte de naviguer dans les torrents et d’arriver à destination, estime-t-elle. Parler du drame à un thérapeute après-coup, ce n’est pas forcément une bonne solution. L’accompagnement avec des personnes ayant vécu la même souffrance est par contre essentiel. C’est ce que j’ai connu à l’époque, avec quatre autres femmes dans la même situation dramatique. Nous avons partagé nos expériences, et avons décidé de créer ce fonds d’aide. »

Deux situations de drame, vécues par deux femmes dont la résilience s’est manifestée en un combat pour les autres, et surtout pour la vie. Un processus positif selon la docteure Aimée Nasser Karam, spécialisée en psychologie clinique. « La résilience en sciences humaines est un phénomène psychologique, un processus dynamique et évolutif permettant à un individu de s’adapter positivement dans un univers d’adversité, explique cette dernière. Il existe d’ailleurs plusieurs facteurs d’aide à la résilience : le soutien de la famille et des amis, la capacité d’autorégulation en gérant ses émotions, la perception positive de soi, par exemple comme Zeina en ne se sentant pas coupable, la détermination et l’efficacité, la résolution de problèmes, pour éviter de ruminer, et le pouvoir de se projeter dans l’avenir. » Elle aussi met en avant l’absence d’une « formule de résilience » et le processus très personnel engagé par une personne sur ce chemin, tout en mettant en garde contre la « tentation d’idéologisation de la résilience » : « Il n’y a pas de “il faut aller mieux”, l’important c’est d’avancer à son rythme. »

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