Pablo Picasso à la rescousse de Tyr !

Olivier Picasso et Péri Cochin - Tous droits réservés Olivier Picasso et Péri Cochin - Tous droits réservés
20 Dec

Quand on gagne un Picasso on est vraiment un heureux gagnant. Et la chance a croisé le chemin de Jeffrey Gonano, un Américain de 25 ans. Mais quel est donc le lien entre Jeffrey, Picasso et Tyr ?

Reem Chalabi, vous et votre sœur Péri Cochin avez travaillé d’arrache-pied pour le succès de cette opération. Mais d’où est née cette idée extraordinaire ?

C’est ma mère, Maha Chalabi qui, à la tête de l’Association Internationale pour la Sauvegarde de Tyr, cherchait depuis deux ans à collecter des fonds pour un double projet plus qu’ambitieux. D’abord la création à Tyr d’un village artisanal qui va employer des femmes dans le besoin et des handicapés et les initier à de vrais artisanats en voie de disparition. Ce village devrait devenir autosuffisant à travers ses ateliers d’initiation, de création et de vente. Une unité a déjà ouvert ses portes : c’est la soufflerie de pyrex. 18 personnes travaillent déjà dans cette unité qui permet d’allier recyclage et artisanat utile. Le village se tient sur un terrain offert par Maha Chalabi.
Le second projet consiste à ouvrir un centre de recherches et d’histoire phénicienne et cananéenne où des jeunes pourront se former via Internet, centre qui sera situé dans la capitale sur un terrain que la Municipalité de Beyrouth met à notre disposition. Ce centre a pour objectif de redonner à Tyr toute la place qu’elle mérite dans le sillage des villes méditerranéennes. D’ailleurs c’est ma mère Maha qui, à force de persévérance, a pu classer Tyr ainsi que d’autres villes libanaises au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Oui mais que vient faire Picasso là-dedans ?

Quand on parle de Tyr c’est toute la région que l’on vise, de Sarafand à Naqoura. Notre objectif est d’empêcher les jeunes de quitter la région, de créer des emplois, de soulever des intérêts et également de sauvegarder le patrimoine archéologique de toute la région. Les besoins sont donc grands. Alors au lieu de faire dîner de gala sur dîner de gala, ma sœur Péri Cochin a eu donc l’idée de monter un tout autre genre d’opération. Un tableau de maître pour sauver l’Histoire. Elle a choisi Picasso parce que le commun des mortels connaît ce peintre.

Comment s’est techniquement passée cette drôle de transaction ?

Péri a contacté la fondation Picasso qui nous a aiguillées sur une galerie à New York qui vendait ce tableau : “L’homme au gibus”. C’est un tableau exceptionnel qui date du début de l’ère cubiste et qui a inspiré des costumes que Picasso lui-même a dessinés pour Cocteau. Picasso l’a conservé toute sa vie. Et c’est le neveu de Pablo qui venait de le vendre à la galerie. Nous avons donc contracté un emprunt avec la garantie d’un ami et nous avons acquis le tableau. Il restait à rassembler les permis. Et là cela n’a pas été une mince affaire. Notre ONG ayant ses bureaux à Paris c’est aux ministères français que nous nous sommes adressées. Et là c’était épique. La préfecture nous a renvoyées au ministère de l’Intérieur qui nous a renvoyées au ministère de la Culture qui nous a aiguillées au ministère de Finances qui nous a conduites au ministère des Affaires Étrangères. Cinq permis français donc pour sauver Tyr !

Donc c’est là que l’aventure commence !

Et quelle aventure ! Il a fallu mettre au point un site sur lequel nous comptions vendre nos billets via Internet : 1picasso100euros.com et alerter le public. Cela n’a pas été très difficile d’abord parce que la presse a tout de suite été sensible à notre démarche, ensuite parce que le petit-fils de Picasso, Olivier, nous a soutenues en nous assurant que Pablo qui était très généreux aurait adoré cette initiative. Donc nous avons commencé en avril 2013 la vente des billets en France d’abord puis vite dans le monde entier. L’engouement était total. Nous avions l’autorisation d’émettre 50 000 billets et nous avons presque réussi à tous les vendre. Et surtout nous avons suscité l’intérêt du monde pour la ville de Tyr. CNN, la BBC entre autres ont consacré des émissions au patrimoine de cette ville. C’est là notre plus belle réussite.

Et les Libanais ? Comment ont-ils réagi ?

Le Liban a participé à la vente mais d’une façon un peu frileuse, les Libanais n’étant pas tellement habitués à acheter en ligne. Du côté du gouvernement, aucune réaction. De toute façon tous les fonds récoltés vont au ministère français des Finances qui va superviser toute l’opération.

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