Questions à Valérie Cachard, auteur de « Déviations et Autres Détours »

Patricia Moukarzel
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16 Sep
- Vous rentrez tout juste d’Angola, où vous avez vécu pendant trois années. Qu’est-ce qui vous y a le plus marqué ? Qu’est-ce qui va le plus vous manquer ? Et qu’est-ce que vous avez hâte de retrouver au Liban ?

L’Angola est le deuxième pays après le Liban qui a connu une guerre civile et dans lequel j’ai vécu. Je m’attendais à être marquée ou à être interpellée le plus par cela. Comment ce type de conflit se vit ailleurs ? Mais ce qui m’a le plus parlé est ce qui reste de la colonisation portugaise, les traces qu’elle a laissées, la réflexion et les lectures que cela a entraînées, voir revenir aujourd’hui les portugais y chercher du travail. L’héritage de la langue portugaise, son mixage avec les langues locales… La lumière est certainement ce qui va le plus me manquer. Un éblouissement du quotidien, certaines façades décrépies, les baobabs géants, l’avocatier que j’ai planté dans mon ex-jardin et que je n’ai évidemment pas ramené dans ma valise… Il y a aussi de nombreux enfants, adolescents et enseignants avec lesquels j’ai pu mener des projets formidables et qui me manquent déjà. Je suis en cours d’installation au Liban et ce que j’ai eu le plus de plaisir à retrouver hormis les êtres proches c’est évidemment la nourriture, le goût des légumes et des fruits, un certain sentiment d’indépendance, le volant et la radio de ma voiture. Voir la mer au quotidien même s’il faut parfois se tordre le cou pour y arriver…

- Vous organisez régulièrement des ateliers d’écriture. Comment cette activité influe-t-elle sur votre propre écriture ?

Participer aux ateliers d’écriture influe sur mon écriture dans le sens où nous avons des auditeurs qui peuvent nous questionner sur notre écriture. Il y a quelque chose qui relève de l’immédiat. Écrire en groupe fait jaillir des « mots imprévus ».
Les organiser et les animer influe moins si ce n’est dans la préparation, le choix du thème, des textes accompagnateurs qui nous permettent de revisiter certaines œuvres ou auteurs ou d’en découvrir et comme j’écris beaucoup accompagnée des mots des autres, cela peut avoir une certaine influence.

- Où puisez-vous votre inspiration ?

Dans tout ce qui m’entoure. J’observe énormément. Je marche très lentement. Je questionne beaucoup, parfois un peu trop les gens, leurs intentions. Écouter la radio m’inspire, aller au cinéma ou dans un musée, lire, discuter, danser. Finalement tout ce qui est en mouvement ou déjà créé invite à mon sens à des prolongations, d’autres lectures et parfois écritures.

- Vous suivez actuellement des études cinématographiques. Pourquoi ce virement de l’écrit vers l’audiovisuel ? Laquelle de vos multiples casquettes (auteur, enseignante, dramaturge, vidéaste) vous parle le plus ?

Je ne le vois pas comme un virement mais comme une suite à des pistes lancées des années plus tôt lors de mes études universitaires vu que les deux mémoires que j’y ai menés traitaient de l’image, celle de Beyrouth dans le cinéma et le documentaire d’après-guerre et celle du film Belle de Jour (étude comparative littérature/cinéma). Comme j’ignorais combien de temps se prolongerait l’aventure angolaise et que cela faisait un moment que j’avais envie de reprendre des études, j’ai donc suivi à distance une licence de cinéma à Paris 1. Cela m’a permis d’apprendre les règles de base du montage et de faire mon premier court-métrage. En ce moment je me demande justement comment prolonger cette licence sans nécessairement continuer des études. L’audiovisuel est une autre manière d’écrire et de construire la narration qui nourrit ma réflexion d’écrivain.
Je ne sais pas laquelle de ces casquettes me parle davantage. Je suis un peu la somme de tout ce que j’entreprends et essaye d’entreprendre. J’aime le partage avant tout et tous ces métiers me permettent de le faire. Ils ont aussi tous besoin d’une période de gestation solitaire et d’un moment de présence forte pour présenter ou défendre ses projets, ce qui me va très bien.

Le lancement du livre aura lieu jeudi 22 septembre 2016 au Musée Sursock à partir de 17 heures avec une lecture à deux voix de Cécile Longé et Valérie Vincent suivies d’une séance de dédicace.

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