Un livre, un coup de cœur, un coup de poing

Tania Hadjithomas Mehanna
feat
03 May
« Olivier Bourdeaut a 35 ans. Il a longuement hésité avant de se mettre à écrire, se sentant tout petit devant sa bibliothèque. En attendant Bojangles est son premier roman. ». Voilà sur l’auteur. Et sur le livre ? Ce soir j’ai lu sans m’arrêter En attendant Bojangles. Dévoré serait en fait le terme exact. Ce phénomène d’édition dont personne ne voulait est entré dans la légende. On ne va pas ici aligner des chiffres, nommer les nombreux prix attribués, ce serait passer l’essentiel. Et l’essentiel ce sont ces mots alignés dans ce huis-clos jubilatoire où un petit garçon raconte la folie douce de son père et de sa mère qui s’aimaient hors normes, qui s’aimaient en marge de toute normalité, qui s’aimait d’un amour absolu et vrai. Et on a envie de dire merci à Olivier Bourdeault. Merci de nous avoir laissé partager ces moments. Merci aussi de nous avoir projeté dans un monde où chasser des mouches avec un harpon, écrire à l’envers, adopter un oiseau exotique, boire des cocktails toute la journée et danser sur Bojangles de Nina Simone se faisaient au quotidien. Un quotidien où chaque jour était une fête. Ce roman un peu triste aussi, mais jamais désespéré, est magnifique parce qu’il fait rêver. Alors on rêve. On rêve de sortir du cadre, de vivre comme on l’entend, de s’aimer absolument, d’oublier les contraintes, de passer par-dessus les lois, de faire de la vie un manège coloré et de rester enfant dans un monde d’enfant où les mots sont des ballons, les heures des guimauves et tout est prétexte à rire et danser. Au-delà de l’histoire déjantée et de la narration très simple, En attendant Bojangles entre dans nos tripes, remue nos carapaces robotisés et va chercher, loin, la part de rêve, de magie et d’amour qui est très enfoui au fond de nous, malmenée par nos contraintes, souillée par la dureté de la réalité, la déliquescence de la planète et le cynisme de l’humanité aujourd’hui. En fermant le livre, on a envie de laisser le canal du rêve ouvert, de bondir, sauter, jouer, rire, boire des cocktails, danser et croire que, peut-être, la folie est l’unique échappatoire à cette vie qui passe très vite en faisant de nous des prisonniers. Olivier Bourdeaut est un Merlin l’enchanteur et ce livre une confiserie de toutes les couleurs qu’on dévore comme un arc-en-ciel et surtout la certitude qu’on peut encore tout sublimer avec des mots.

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